la sépulture d'Aloysius Bertrand



Le maintien de la sépulture d'Aloysius Bertrand a été l'objectif premier de l'association, fin 2006. Dans un état de délabrement très avancé comme en témoigne le film réalisé ci-dessous, elle n'était plus aux normes en vigueur. Dans le cas d'Aloysius Bertrand dont la famille est éteinte, le panneau de reprise sur la tombe et le petit encart à l'entrée du cimetière Montparnasse étaient de bien mauvais augure... Des personnes isolées se sont adressées, qui à la Mairie de Dijon, ville aimée par Bertrand "comme l'enfant la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète la jouvencelle qui a initié son coeur", qui auprès du Ministère de la Culture. Nulle restauration envisagée de part et d'autre, mais un rapprochement des deux maires de Paris et Dijon a permis à la sépulture de n'être pas reprise après les deux années règlementaires, et de bénéficier d'un peu de temps après sa retombée dans le domaine public, afin que de permettre à un donateur de la faire remettre en état le cas échéant.


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C'est dans un tel contexte que notre association a pu se constituer. Comme le hasard fait parfois bien les choses, une inquiétude légitime devant la désolation du monument, le fait que le nom d'Aloysius Bertrand ne soit pas indiqué sur le panneau des 100 "personnalités les plus importantes" à l'entrée du cimetière Montparnasse et un rêve, ont permis à sa présidente de réunir auprès des diverses administrations: mairies, services des Cimetières, les informations nécessaires relatives à sa situation dont seule désormais attestait la préface de l'édition établie par Jacques Bony en 2005 (qu'elle n'avait pas -encore- lue). Le petit panneau avait en effet été retiré depuis la fin de la période de reprise, conformément à la législation. C'est ainsi que fut décidée, en quelques jours, la création en urgence d'une collecte de fonds sur la base associative, dont la déclaration fut effectuée en Préfecture du Nord le 5 décembre 2006.

Un maximum de personnes ont été alertées: radios, universités, bibliothèques, revues... L' outil internet a été de ce point de vue salvateur, et les informations officielles, encourageantes. La situation à vrai dire était des plus étranges: épineuse, car les aides ne faisaient pas partie des orientations de la politique culturelle actuelle, cependant que le discours était unanimement soucieux que l'issue pût aboutir à une fin heureuse, soit une fin qui ne fût pas catastrophique pour la dernière demeure du poète. De la même manière, nous oscillions entre la misère d'une situation individuelle (celle du poète) et deux notoriétés: littéraire (celle du poète encore) et celle de la partie de la nécropole où il est enterré: la sépulture, vestige du XIXe siècle, se trouve en effet dans la partie classée de Montparnasse. La réfection n'allait pas pouvoir se faire avec du simili-marbre et trois fleurs artificielles... La restauration du monument devait être prévue en pierre et à l'identique, le devis, soumis à l'approbation du Service Central des cimetières parisiens pour obtenir l'autorisation exceptionnelle de travaux.

Les éditeurs de Gaspard de la Nuit n'ont pas souhaité parrainer notre action. L'un d'eux nous parla beaucoup de l'émission radiophonique de l'un de ses collaborateurs prévue pour le bicentenaire de la naissance du poète, collaborateur "qui aimait beaucoup Aloysius Bertrand mais ne participait pas à ces choses-là", à qui par ailleurs il ne nous fut pas permis de nous adresser personnellement. Quant aux éditeurs de musique, où notamment l'oeuvre pianistique éponyme de Ravel existe depuis sa composition en 1908, ils se sont contentés d'un silence respectueux mais néanmoins éloquent. La "culture" , non décidément, ce n'était pas une histoire d 'ossements, de funéraire, de "morbide" (brrr). La "culture", c'était, encore et toujours, "autre chose." Je ne tairai pas non plus la scandaleuse démission d'universitaires qui ont participé à des colloques organisés pour le bicentenaire de la naissance du poète et n'ont cependant pas souhaité participer à la restauration, alors qu'il nous manquait encore 500 €...

Où commence la culture, me demandai-je régulièrement, et où finit la mémoire? Ou finit la mémoire, et où commence l'oubli de qui fut un être de chair et de sang, le déni de son existence au monde? Aloysius Bertrand parti, allait-il devoir à nouveau être délogé du seul lieu où lui restait encore une place tangible?

Ce sont les bonnes volontés de gens de lettres de tous les horizons (universitaires, écrivains, poètes, bibliothécaires, journalistes) mais également des sensibilités non exclusivement littéraires mais de toutes professions, scandalisées que la mémoire puisse ainsi être vandalisée, qui se sont manifestées et mobilisées pour que les aloysiens ossements, "les cendres" comme on les appelle euphémiquement, ne soient pas, ainsi que le prévoient les textes, sortis de leur caveau et "recueillis" (comprendre: entassés, empilés dans un contenant spécifique d'un format à peine plus important que celui d'une boîte à chaussures) pour être placés dans l'ossuaire du cimetière Montparnasse.

La Société des Gens de Lettres de France, grâce à son secrétaire Général M. Jean-Claude Bologne, a organisé pour nous aider sa propre souscription: une somme substantielle a été réunie, qui a servi à compléter les 500 euros qui nous manquaient, d'une part, à permettre d'envisager pour la suite d'autres travaux si besoin en était, d'autre part. Les intérêts de cette somme placée participent à l'entretien annuel de la sépulture (nettoyée et joliment fleurie en septembre). Le marbrier Rébillon, Boulevard Edgar Quinet, a effectué tous les travaux. M.Thienpont a été un interlocuteur franc, compréhensif et efficace, qu'il en soit remercié ici. Le nombre de devis faits, refaits, re-refaits que j'ai retrouvés il y a peu témoigne de sa grande patience, de ses efforts pour effectuer à un coût abordable des travaux de qualité, sous réserves de mauvaises surprises impossibles à prévoir qui, n'en déplaise au guignon, ne furent pas rencontrées. Les membres de notre association se sont mobilisés à nouveau quelques mois après les travaux, à la fin de l'été 2007, pour offrir au poète une digne plaque où figurent désormais son pseudonyme littéraire et ses dates.




Aloysius Bertrand, poète romantique cité par les Célébrations Nationales pour le bicentenaire de sa naissance, n'aura donc pas été exhumé dans le silence et le secret. Cet anniversaire a été pour notre association un heureux hasard qui lui permit de sensibiliser davantage de par sa scandaleuse ironie, et le moyen pour plusieurs passionnés de se rencontrer autour d'une cause qui reflète la multiplicités des enjeux que pose la reconnaissance d'un artiste ou d'un écrivain décédé. D'aucuns, dans le courrier des lecteurs du Magasine Lire notamment, qui avait relayé l'information, se sont indignés: 4000 euros pour un tombe! avec le soutien mielleux d'un rédacteur indifférent, au beau milieu d'une débauche de "nouveautés" qui se bousculent lors de traditionnelle "rentrée littéraire". Notre association, avec les dons de sa petite quarantaine de membres, aurait spolié le budget Santé de l'état...

Pauvre Aloysius Bertrand, qui a tant coûté à la société, sans nul doute eût-il mérité la sépulture de l'âne (nous y reviendrons dans des travaux ultérieurs) ?

Des sites de poètes et passionnés de littératures heureusement n'ont pas partagé cet avis, qui ont diffusé largement notre appel: celui de Florence Trocmé, Poezibao, le site du livre en Nord-Pas-de-Calais Eulalie, celui de Denis Constalès qui propose sa propre version en ligne de Gaspard de la Nuit, en son temps le site de Francis Mizio... Nous avons également pu compter sur la célérité des acteurs territoriaux pour l'obtention rapide de l'autorisation de travaux et du conseil fiable (Marie-Christine Durand, de la mairie de Dijon, Marie-Paule Lelièvre, Conservatrice du Cimetière Montparnasse).

Le pétition pour demander que le poète figure sur le panneau d'entrée du cimetière n'a pu aboutir car la "liste" sur le panneau & les guides est limitée à 100 personnes, de plus une dizaine d'autres associations avaient fait des demandes. D'autre part (et il est intéressant de relever que les responsables des cimetières parisiens eux-mêmes s'en émeuvent) cette liste concerne les personnes les plus "demandées", soient celles pour lesquelles les touristes du monde entier se déplacent, généralement en sachant déjà où elles sont inhumées. Ce sont donc toujours sensiblement les mêmes, et l'ouverture culturelle n'a pas toujours sa place dans cet arbitraire de l'intérêt collectif pour un nom, ou une histoire; les guides, pour reprendre les mots d'une responsable, sont de ce point de vue "mal fichus". Un projet dont le Père Lachaise devrait constituer l'un des sites pilotes est d'ailleurs prévu : il s'agirait de bornes interactives qui permettraient à un nombre plus important de sépultures d'être mentionnées aux yeux du public.


Merci aux personnes, membres de l'association, qui ont permis la restauration de la sépulture:


M. Jean-Michel Barbier, libraire, La Lampe d'Argile, Asnières-sur-Oise; M. Youb Benlahcène, comptable retraité, Lille; M. Pierre Maubé, bibliothécaire, écrivain, Saint-Germain-en-Laye; Mme Nicole Mozet, professeur d'université à Paris VII, Paris; M. Pierre Levis, ingénieur, Caen; M. Jean-Pierre Duthoit, comédien, Loos; M. Eric Angelini, journaliste, Bruxelles; M. Christian Dufour, professeur, écrivain, St-Gence; M. Serge Nève, libraire, Lorgues; M. Christian Immarigeon, amateur de vieux livres, Paris; M. Jean-François Lecompte, écrivain, critique littéraire, Paris; M. Denis Constalès, professeur d'université, Gand; M. Francis Mizio, écrivain, Paris; M. Jean Bonnat, directeur d'hôpital, Epinal; M. Alain Heyvaert, professeur d'université à Lille III, Maubeuge; M. Lucien Chovet, Alfortville; Mme & M. James et Christiane Carpentier-Piskorski, professeur de lettres retraitée, Luxembourg; M. Jacques Bony, professeur d'université, a édité Gaspard de la Nuit chez Flammarion, Saint Mandé; M. Alexandre Jaisson, Paris; M. Max Milner, professeur d'université, a édité Gaspard de la Nuit chez Gallimard, Paris; M. Francis Claudon, professeur d'université, a organisé le colloque dijonnais de décembre 2007, Paris; Mme Marie-Catherine Huet-Brichard, professeur de littérature française du XIXème siècle, Montamat; M. Nicolas Wanlin, professeur de Français et chercheur, a organisé le colloque parisien de Novembre 2007, Paris; M. Jean-Louis Cabanès, professeur de littérature française, Paris; Mme Jeannine Guichardet, professeur de littérature française, Lardy; M. Daniel Sangsue, professeur de littérature française, Neufchâtel (Suisse); Mme Marie-Thérèse Pierson, infirmière puéricultrice, Saint-André-lez-Lille; Mme Lucienne Frappier-Mazur, professeur de littérature française, Philadelphie; M. Pierre Pecher, cheminot retraité, Amiens; M. et Mme Françoise et Marcel Herrgott, passionnés par Aloysius Bertrand et son oeuvre, Toulouse; M. et Mme Anne et Benoît Quennedey, Dijon; Mlle Nathalie Ravonneaux, enseignante en Lettres modernes, Paris; M. Fabrice Agat, étudiant en Lettres modernes, Tonnerre; M. Matthieu Liouville, professeur de littérature, chercheur, Paris; la Société des Gens de Lettres de France , éminente Association littéraire fondée en 1838 pour défendre les auteurs de l'écrit, Paris.


Ont rejoint notre association fin 2007:


Renée et André Moteley, Paris; Yves Blacher, fils de l'artiste Béatrice Appia, Sète; Anne-Marie et Olivier Appia, psychiatre, Mantes-la-Jolie; Emilie Notard, poète et professeur de littérature, Leipzig.


Monsieur Max Milner nous a quittés cet été .


Décembre 2008, la présidente de l'Association










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