La Giroflée & Miscellanées
















Notre Association est heureuse d'informer de la parution, grâce au soutien de la DRAC du Nord-Pas-de-Calais, de son premier bulletin La Giroflée ainsi que de ses Miscellanées, recueil de textes réunissant la plupart de ceux, revus et corrigés, qui ont été édités sur notre site entre 2006 et 2009 -soit depuis la création de notre association, auxquels ont été ajoutés de nouveaux... Contactez-nous!

La Giroflée : 54pp. 12€
Miscellanées: 144pp. 15€

Annonce de la publication de "Gaspard de la Nuit" - Manuscrit de Louis Bertrand


"Nous nous empressons d'annoncer la prochaine publication d'un livre fait pour exciter vivement la curiosité. Le libtaire du romantisme fashionnable, l'éditeur des oeuvres de Victor Hugo, de Charles Nodier, d'Hoffmann, de Henri Heine, de Sainte Beuve, du bibliophile Jacob, etc, M. Eugène Renduel vient de mettre sous presse une production littéraire en prose, qui, sous le titre neuf et piquant Gaspard de la Nuit, se recommande aux lecteurs bourguignons par l'intérêt local de plusieurs des situations qu'il renferme, et par le nom de l'auteur, M. Louis Bertrand, notre jeune compatriote. Un des peintres les plus distingués de la nouvelle école, M. Louis Boulanger dont les belles compositions enrichissent la nouvelle édition des oeuvres de Victor Hugo, a voulu concourir au succès du livre en l'illustrant de dix admirables eaux-fortes. La Revue de la Côte d'Or publiera dès le jour de mise en vente un extrait de cet ouvrage qui serait dit-on, le précurseur d'un roman historique dont le sujet est tiré de l'histoire de Dijon aux temps de chevalerie."



Fac similé du manuscrit de Louis Bertrand tiré du catalogue de la vente Drouot du 10 decembre 1986 ( n° 18)

Acte de naissance

"L'an mil huit cent sept, à cinq heures du jour, vingt du mois d'avril, au soir, à Ceva, chef-lieu d'arrondissement, département de Montenotte, par devant nous, Garroni Pierre, adjoint, faisant fonctions d'officier public de l'Etat-Civil de la commune de Ceva, est comparu monsieur Georges Bertrand, lieutenant de la gendarmerie impériale de l'arrondissement de cette commune, âgé de trente six ans, lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin, né ce jour d'hui, à midi, de lui, déclarant, et de la dame Laure Davico son épouse, auquel il a déclaré vouloir donner le nom de Jacques-Louis-Napoléon ; les dites présentation et déclaration faites en présence de messieurs Joseph Garroni, greffier à cette sous-préfecture, et Laurent Musso, propriétaire, âgé celui-ci de vingt six ans, et le premier de trente trois ans, tous deux domiciliés en cette commune ; et ont, le père et les témoins, signé après nous d'après que lecture leur a été faite de cet acte de naissance." G Bertrand. J. Garroni. Laurent Musso. Pierre Garoni.


La Chartreuse de Champmol


La Chartreuse de Champmol était un des lieux de promenade préféré de Louis Bertrand. Il aimait à y rêver parmi les rares vestiges de la haute époque, sous de nouvelles frondaisons. Comment résumer au mieux l’histoire de cette chartreuse qu’un seul imposant volume n’épuiserait pas ? Peut-être en reprenant tout simplement les termes d’Henri Chabeuf :

« Les princes de la première race ducale étaient inhumés à Cîteaux ; Philippe le Hardi voulut avoir dans sa capitale même une sépulture pour lui et sa descendance. Dès 1377 il songeait à la fondation d’une chartreuse, toutefois les ordres ne furent donnés que le 6 juin 1383, et le 20 août suivant, dans le vaste terrain dit Champmol, entre la route de l’ouest et la rivière d’Ouche, les deux premières pierres de l’église étaient posées par la duchesse Marguerite et le jeune comte de Nevers. L’architecte fut Drouhet de Dammartin, maître général des œuvres de maçonneries pour tous les pays du duc, retenu par lettres données à Paris le 10 février 1383, aux gages de huit sols parisis par jour. Les travaux marchèrent avec rapidité, et dès 1384 on trouve mentionné aux comptes le payement de deux consoles ou corbeaux, destinés à supporter un auvent au-dessus du portail (…/…), et on fit si bien, que l’église put être dédiée le 24 mai 1388, sous le vocable de la Sainte Trinité, par Pierre II, évêque de Troyes. C’était un vaisseau de 62 mètres de long sur 13m50 de large, sans transept, avec une abside à trois pans et plusieurs chapelles : Notre-Dame, Saint-Pierre, Sainte-Anne, etc. ; du faîtage orné de plombs historiés, s’élançait une haute flèche à réchaud orné. »


Voici le plan de l’ancienne chartreuse



«Le 4 mai 1791, la Chartreuse était achetée par Emmanuel Cretet, député aux Etats-Généraux, puis aux Anciens, plus tard comte de l’Empire, directeur général des ponts et chaussées, ministre de l’intérieur, qui démolit l’église, prit le titre de comte de Champmol, mourut à soixante trois ans le 10 février 1810, et fut mis au Panthéon. Les tombeaux avaient été exceptés de la vente, ainsi que les tableaux, boiseries, cloches, objets d’art, etc.; et les cercueils des deux premiers ducs trouvèrent un abri à Saint-Bénigne ; tous les autres, y compris celui de Philippe le Bon, que ne signalait aucun monument apparent, disparurent. "On plante des calebasses dans la cendre de Philippe le Bon ! " s’écriait Louis Bertrand : c’est le mot d’Hamlet avec les calebasses en plus ou en trop. (…/…) Le 11 mai 1832, le conseil général délibéra d’acheter la Chartreuse des héritiers Cretet pour en faire un asile d’aliénés.»



Nous reviendrons en suite sur la chapelle neuve -que Louis n'a pu connaître - et le fameux «Puits de Moïse». Mais mettons déjà nos pas dans les siens :









"Ah ! pourquoi faut-il que les enfants soient jaloux des oeuvres de leurs pères ! - Allez maintenant où fut la Chartreuse, vos pas y heurteront sous l'herbe des pierres qui ont été des clefs de voutes, des tabernacles d'autels, des chevets de tombeaux, des dalles d'oratoires ; - des pierres où l'encens a fumé, où l'orgue a murmuré où les ducs vivans ont fléchi le genou, où les ducs morts ont posé le front. - Ô néant de la grandeur et de la gloire ! on plante des calebasses dans la cendre de Philippe le Bon".


La Chapelle de la Chartreuse


Louis, ayant quitté définitivement Dijon le 6/8 janvier 1833 ( H. H. Poggenburg), n'a pu connaître les travaux d'aménagement de l'asile ( acquisition du domaine réalisée le 6 février 1833 - travaux commencés en 1836), a fortiori ceux de la chapelle consacrée le 17 novembre 1844. Cependant, il a pu voir le portail de l'ancienne église (repris dans la structure de la chapelle )et une tourelle d'angle du vieux clocher :



"Plus rien de la Chartreuse ! - Je me trompe - Le portail de l'église et la tourelle du clocher sont debout. La tourelle, élancée et légère, une touffe de giroflée sur l'oreille, ressemble à un jouvenceau qui mène en laisse un lévrier ; le portail martelé serait encore un joyau à pendre au cou d'une cathédrale."




Cinq statues décorent le portail :












Ces statues sont oeuvres de Claus Slüter, Claus de Werve et - peut-être- Jehan de Marville. Elles représentent, outre la Vierge au trumeau, à gauche : Philippe le Hardi suivi de Saint-Jean ; à droite, Marguerite de Flandre présentée par Sainte-Catherine.


Et voici, isolée, la tourelle :






Le Puits de Moïse


Il y a outre cela, dans le préau du cloître - un piédestal gigantesque dont la croix est absente, et autour duquel sont nichés six statues de prophètes - admirables de désolation...- Et que pleurent-ils ? Ils pleurent la croix que les anges ont reportée dans le ciel

 

Voici ce qu'en dit Eugène Fyot :" Avec la section de son église, le monastère en comprenait deux autres, le "Petit Cloître" et le "Grand Cloître" (.../...). Le Grand Cloître, plus au midi, entourait un préau de 102 mètres de côté. Tout à l'entour régnaient 24 cellules avec 24 jardins, chacune étant isolée de sa voisine par un grand mur. Là vivaient les Chartreux, isolés dans leurs travaux et leurs prières, en dehors des offices en commun.Au centre du préau avaient été captées plusieurs sources en un profond réservoir, pour l'usage des moines ; et c'est au milieu de ce réservoir que Claus Sluter fut appelé à élever un monument commémoratif de la passion du Christ. Il le divisa en deux parties ; le socle hexagone, sur les côtés duquel devaient saillir les six prophètes qui avaient prédit le Messie " ( Zacharie, Jérémie, Isaïe, Daniel, Moïse, le Roi David )" ; et, sur une plate forme soutenue par des anges pleurants, le calvaire. Il se composait d'une grande croix haute de sept mètres, sur laquelle agonisait un Christ (.../...) A ses pieds la Vierge Marie, saint Jean et Sainte Madeleine. Tout ce calvaire était ruiné depuis longtemps par les intempéries ou par la chute d'un abri lorsque vingt la Révolution..(.../...) Seul donc reste le socle avec ses six prophètes."














(Photos réalisées avec l'aimable autorisation de Mr D.Charpentier, Directeur par intérim du C. H. S. La Chartreuse, 1, Boulevard Chanoine Kir à Dijon )

Extrait de la Préface de S. de Pierrelée - Edition "Le livre et l'estampe" 1903

"Cette édition de l'oeuvre de Louis Bertrand est la troisième qu'on offre au public. La première, celle que donna à Dijon, M. Victor Pavie voici soixante ans, fut au dire de l'éditeur un des plus beaux désastres de la librairie contemporaine. Pendant de nombreuses années ce bel in-octavo, broché de vert, couleur pourtant d'espérance, traîna les étalages des bouquinistes, voire même les boîtes - ces cimetières de livres - aux parapets des quais.

Pui un beau jour on s'aperçut que ce nom inconnu, était celui d'un maître, que ce volume dédaigné était un pur et précieux chef d'oeuvre, on l'acheta. Il était trop tard ; ce livre dispersé, déchiré, à moitié détruit devint du coup "rare et précieux", comme on dit en terme de bibliophilie et de quatre sous il monta à quatre louis. (... /...)

Ces pages d'ailleurs suffisent à présenter Louis Bertrand, elles sont parfaites, il ne peut venir à quiconque l'idée qu'un seul mot soit à reprendre et à corriger. C'est son oeuvre, comme l'a écrit Sainte-Beuve, d'imagier, d'orfèvre, d'émailleur, c'est d'une ciselure poussée à la suprême perfection. (.../...)

Il incarne aussi absolument que possible, plus que bien d'autres mieux connus, un des chefs principaux de l'école romantique dont Hugo fut le Dieu et dont le but était : rénovation du style, refonte complète des expressions, des termes, des mots, des moyens d'expression de la pensée humaine.

Il ne fut pas un bruyant, un robuste combattant, ce ne fut pas un sans-culotte de cette révolution littéraire, mais il fut un habile, un délicat, il ne bouscula pas la grammaire pour la rénover, il l'enjoliva très gracieusement, exquisement.

Il pesa comme nul autre ses mots, il sut à chacun donner sa signification, à la fois exacte et complète, en ne l'embrouillant pas d'adjectifs, en ne l'empêtrant pas de qualificatifs, en le choisissant assez clair et précis, pour dire à lui seul tout ce qui devait être dit.

Il a des phrases de trois mots qui valent un long discours comme dirait un Boileau de nos jours, parce que ses mots sont si bien choisis, si bien accouplés qu'ils forment image, précise et juste."

Lettre de Victor Hugo à Louis Bertrand

Recto -Verso.

Cette lettre, qui était dans la collection J. Dumas, a été publiée par Cargill Spriestma dans sa biographie du poète: Louis Bertrand (...) une vie romantique. Un extrait en a été également reproduit dans la notice de Sainte-Beuve. Il s'agit d'une réponse à "La Chanson du pélerin", poème en vers que Louis Bertrand a dédié au "gentil et gracieux trouvère de Lutèce, Victor Hugo" (note 1 de Helen Hart Poggenburg, Aloysius Bertrand, Oeuvres complètes, Champion, Paris, 2005, p. 919).

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Second poème autographe connu de Louis Bertrand

La transcription suivante a été établie par H. H. Poggenburg in Aloysius Bertrand, Oeuvres complètes, Champion, Paris, 2005 (p.845).

Je ne sais comment vous remercier, Monsieur, de tout ce que j'ai lu de vous dans le Provincial. Parce que tous vos vers ne m'ont pas mieux été au coeur que la délicieuse ballade que vous m'adressez en termes si gracieux et si gentils.
Je lis maintenant vos vers et ceux de M. Brugnot en cercle d'amis comme je lis André Chénier, Lamartine, ou Alfred de Vigny. il est impossible de posséder à un plus haut point les secrets de la forme et de la facture. Votre pélerin est un petit chef-d'oeuvre du genre, et notre Emile Deschamps lui-même s'avouerait égalé.
Recevez donc, je vous prie, mes remerciements et mes félicitations (...)

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Second poème autographe connu de Louis Bertrand

(...) et m'envoyez encore souvent de la province de ces vers comme on en fait si peu à Paris.
Je vois que le Provincial va devenir politique. C'est un excellent journal, qui dans son genre vaut le Globe, avec moins de pédanterie, ce que je disais hier aux rédacteurs du Globe. Le Provincial suivra à coup sûr bonne ligne. La liberté dans l'ordre, la liberté dans l'art, tel doit être à mon sens le mot de ralliement politique et littéraire du XIXe siècle.
Croyez, Monsieur, que je vous suis bien parfaitement dévoué.
Vr Hugo.

Lettre de Sainte-Beuve à Louis Bertrand

Cette lettre, auparavant dans la collection Joseph Dumas, a été publiée pour la première fois dans Louis Bertrand... une vie romantique. Cargill Spriestma la date entre décembre 1829 et Avril 1830. Bonnerot (Correspondance générale de Sainte-Beuve) la situe au mois de novembre 1829, tandis que "sous toute réserve", H. Hart Poggenburg pense qu'elle serait du mois d'avril 1830 (Oeuvres complètes, p.924).

Cette lettre montre l'ambiguité (une sorte d'évitement?) de ces rares et fugitives relations (non) entretenues par le poète et l'homme de lettres auquel pourtant Aloysius confie ses écrits et de qui il reçoit un exemplaire dédicacé de ses Consolations: "à mon ami Bertrand", ce qui d'ailleurs provoquera un malentendu avec Charles Brugnot, lequel croit lors du retour à Dijon de Bertrand, au printemps 1830, que l'exemplaire lui est destiné (Brugnot attend en effet la venue de Sainte-Beuve à Dijon pour l'été).

Les récits des contemporains tendent à romancer ces entrevues-éclairs selon lesquelles Louis Bertrand dépose ses poèmes à Sainte-Beuve avant que de s'éclipser comme par magie, le temps que Sainte-Beuve ne relève la tête. Dans une lettre de Novembre 1829, Charles Brugnot avait reçu un billet de déposé par Sainte-Beuve dans lequel ce dernier se plaignait de ne plus avoir de nouvelles de Louis Bertrand. L'ami conclut: "Allez donc le voir; vous savez qu'il vous aime".

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Second poème autographe connu de Louis Bertrand

Mon cher Monsieur Bertrand,
Vous êtes venu sans me trouver et j'en suis désolé. Si j'étais sûr de vous trouver chez vous, j'irais vous reporter vos charmants cahiers et remettre à votre amitié un Joseph Delorme qui vous attend depuis huit jours.
Dites-moi quand je serai sûr de vous trouver.
Tout à vous,
Sainte Beuve
(Mercredi?*) soir.
*selon H.H.Poggenburg. Nous pencherions plutôt malgré l'absence de césure entre les mots pour: ce mardi soir.

L'étable de Saint Jean, la Tour de Nesle (histoire)



La section « Récits, contes et chroniques indépendantes de Gaspard de la Nuit » de l’édition H. H. Poggenburg des œuvres complètes d’Aloysius Bertrand fait état de deux textes relatifs à la période 1356-1358 de l’histoire de France.

Le premier, intitulé : « L’Etable de Saint Jean : Chronique de l'an 1359 (cinquante neuf) », traite d’évènements proches de la bataille de Poitiers du 19 septembre 1356. En cours d’article, on relève la date du 18 septembre 1366 (soixante six). Certains (Max Milner, H.H. Poggenburg) ont cru voir une invraisemblance ou une contradiction chronologique de l’auteur. La coquille d’imprimerie ou l’erreur matérielle sont, semble-t-il, bien plus probables, l’article étant tiré du n° 15 du journal Le Provincial.

Le second, intitulé : « La Tour de Nesle » justement daté de 1358 semble être un résumé confus et partial de faits historiques ayant eu lieu entre le 11 janvier 1358, date du discours du Dauphin Charles aux parisiens – Discours des Halles – et le 2 août 1358, date de son retour dans la capitale. Entre-temps, ont été assassinés Jean de Conflans et Robert de Clermont, ses proches conseillers, par Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, et ses complices. Ce forfait, commis le 22 février 1358, marquera la rupture des relations avec le Dauphin, une conciliation étant, par ailleurs, tentée du 26 février au 4 mars 1358 à l’hôtel de Nesle à Paris, entre ledit Dauphin et le Roi Charles de Navarre, en conflit d’intérêts. Le Dauphin – Régent du Royaume à compter du 14 mars 1358 – se réfugiera en province. A la demande d’Etienne Marcel, Charles de Navarre sera nommé Capitaine de la Ville de Paris le 15 juin 1358. Profitant de cette nouvelle position, il mènera un double voir triple jeu avec le Dauphin et le Roi Edouard III d’Angleterre. Chargé de la défense de la ville, il fera appel à des mercenaires de toutes nationalités venus des « Grandes Compagnies », dont un nombre important d’anglais. A la suite d’exactions commises à Saint Cloud, attribuées aux « Anglais », la population parisienne se vengera sur le contingent intra-muros (24 tués, 4 à 500 prisonniers retenus au Louvre) et exigera une chasse aux pillards. Deux troupes seront ainsi formées. Charles de Navarre et Etienne Marcel prendront la tête d’un groupe qui ne rencontrera aucune difficulté, le second tombera dans une embuscade meurtrière (environ 600 morts). Des soupçons de complicité se porteront alors sur Etienne Marcel, d’autant plus qu’il libérera les prisonniers anglais détenus au Louvre. Il sera assassiné le 31 juillet 1358 par l’un de ses meilleurs soutiens, l’échevin Jean Maillard.

On voit donc que la chronique d’Aloysius Bertrand, reprenant pêle-mêle des évènements historiques, rend bien compte de la situation confuse de l’époque autour des luttes d’influences pour la Couronne de France ( le titulaire Jean le Bon est prisonnier d’Edouard III d’Angleterre). Sa prise de position par rapport à Etienne Marcel, pour partiale qu’elle soit, est conforme à l’opinion de l’époque. Il est cependant vraisemblable qu’il l’aurait soutenu dans sa lutte pour les Libertés Publiques.


Henri IV allume les feux de la Saint Jean

La Ronde sous la cloche: notes


Les notes habituellement relatives à ce poème paraissent devoir être complétées comme suit :

1-Saint Jean :


L’Eglise avait fait coïncider la Saint Jean avec le solstice d’été en souvenir du baptême du Christ par le Précurseur, Jean le Baptiste. Cette date correspondait naturellement à la fête celtique dédiée au soleil, honoré par de grands feux allumés soit par le prêtre local soit par les jeunes mariés de l’année. Le feu, représentant la passion, avait dans l’esprit populaire, une parenté avec l’accouplement et la reproduction.

La place à feu, ou « feulière », « foulière », de Dijon se situait Place Saint Jean, au pied même de l’église. La fête commençait par les dévotions puis la veillée jusqu’au douze coups de minuit. Alors débutait une sarabande forcenée et hurlante autour d’un feu de cents fagots.

A l’écroulement du bûcher, les garçons sautaient par-dessus les braises en s’aidant parfois d’une perche de charme. Lorsqu’une fille acceptait de « sauter les brandons » avec un garçon, cet engagement avait valeur de serment.


2- Le Roman de la Rose





Le Roman de la Rose, du XIII ème siècle se compose de deux parties. La première partie (4028 vers), composée vers 1230, est due à Guillaume de Lorris. Elle a été continuée, quarante ans plus tard, par Jean de Meun (18000 vers). Le thème général en est le suivant :
Un jeune rêveur de vingt ans, « s’engage dans la cueillette d’une rose, symbole transparent de la jeune fille aimée, et sa quête se déploie dans un verger peuplé d’allégories qui sont tantôt des personnages du rêve (comme Amour et sa compagnie, Raison, Ami), tantôt des représentations des sentiments éprouvés par le rêveur ou par la femme désirée…/…Le héro parvient à échapper au lieu mortel qu’est dans le verger la Fontaine de Narcisse. Il y distingue au contraire le reflet du bouton de rose qui va devenir l’objet de sa quête. Il apprend, chemin faisant, les rudiments d’un art d’aimer que lui dispense Amour, que questionnent Raison et Ami. Il échoue cependant à cueillir la rose, enfermée par « Dangier » dans le château de Jalousie ; » La première partie s’achève sur la complainte amoureuse du rêveur. La seconde partie du roman, constitue une somme sur l’Amour, d’un abord plus pratique puisque l’amant parvient au terme de son pèlerinage à déflorer la rose et à l’engrosser.



Commentaire


L’orage semble être celui de la fête commencée au douze coups de minuit, terminée à l’écroulement du brasier. La « statue » de Saint Jean, le contraste entre la mobilité des flammes, des danseurs, reflétée sur les murs alentour, et l’impassibilité de l’édifice. La « goutte d’eau », la larme de tristesse au bord de la paupière. Quant à la « chanterelle », au « chardonneret » et au « jasmin »….une ombre de champignon sur le mur (la chanterelle est ainsi nommée parce qu’on a cru trouver une ressemblance avec une tête de coq qui chante), une ombre de « petit oiseau » dans le « chardonneret », une ombre d’odeur de volupté (le jasmin symbolise la volupté), le «Roman de la Rose »….coquineries ( un coq ne figure-t-il pas sur l’écu « appendu » au mur de la chambre dans l’autoportrait ?).

On voit, une nouvelle fois – mais je n’ai que la compétence donnée par mes croquenots honorés de terre de vigne -, quelles étaient les préoccupations de Louis Bertrand : l’amour, les jeunes filles, la solitude et la tristesse, sur un fond d’Idéal (« l’Azur, l’Azur, l’Azur, l’Azur »). Mais on peut se tromper car, comme l’écrit Jacques Bony, chez lui « tout est suspect », puisque passé par son fantasque alambic.



Sources :


Eugène Fyot : « Dijon, son passé évoqué par ses rues »
Henri Chabeuf : « Dijon, monuments et souvenirs »
Henri Vincenot : « La vie quotidienne des Pauysans bourguignons au temps de Lamartine.
Dictionnaire mondial des Littératures – Larousse- 2002
Dictionnaire National ou dictionnaire universel de la langue française – Bescherelle – 1875.

Second poème autographe connu de Louis Bertrand

Du fait de sa date (1825), c'est le second poème autographe connu de Louis Bertrand, après Le Malade. Il est écrit sur un petit morceau de papier tout en longueur: le poète en effet, du fait du coût du papier et aussi, sans doute, par habitude, écrivait ses poèmes ou dessinait sur de petits morceaux de papier. Ce Fac simile ne figure pas encore, en 2005, dans les Oeuvres complètes d'Aloysius Bertrand réunies par H. Hart Poggenburg (ed. Champion) qui indique en note "Ms inédit, non signé", p.523. C'est toutefois sa transcription de la première strophe que nous donnerons ici (p.458: "Huit heures, Chanson...").

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Second poème autographe connu de Louis Bertrand

Huit heures
Chanson

Il fait jour. L'aurore argente
Les plis de tes longs rideaux.
Ouvrière diligente
Prends ton fil et tes ciseaux.
Donne un baiser à ta mère
Qui te le rend sur le front
Et descends, vive et légère
Quand huit heures sonneront.



Blason de la Ville de Dijon du temps de Louis.

Autoportrait de Louis Bertrand


Cet autoportrait, bien qu'il ne fût pas signé par Louis Bertrand, figurait dans la collection Marsan. Il est attribué au poète lui-même. Il a été dessiné à l'encre de Chine et au lavis et mesure 7cm/6,4cm. Son allure "années 30" qui a fait douter les spécialistes du poète est due notamment à l'effet délétère du temps, lequel épanouit l'encre au détriment du papier, et de l'effet "noir et blanc" allié à sa toute petite taille, sous lesquels on le trouve sur Internet (notamment en tant que logo de notre association).
Sa couleur sur notre site est celle de l'original puisqu'il en a été ici reproduit directement d'après ce dernier. Nous l'avons publié avec la possibilité de l'agrandir afin de permettre à l'internaute d'en considérer tous les détails.

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Autoportrait de Louis Bertrand

Les "mais"

Il est souvent indiqué dans les notules des éditions récentes de Gaspard de la Nuit qu’un « mai » est un arbre planté courant le mois, en l’honneur d’une personne. Cette définition appartient aux dictionnaires... la suite au format PDF

les Cinq doigts de la main

Mile propose un éclairage inédit des racines du poème les Cinq doigts de la main d'après la culture bourguignonne et ses chansons populaires pour enfants.
(Document PDF).



Document inédit: extrait d'une lettre de Mme Brugnot à Louis Bertrand

L'extrait de lettre reproduit ci-dessous est une image directement issue de l'original, daté du 13 Juillet 1832. Madame Brugnot y remercie Louis Bertrand pour son article nécrologique sur son mari, qui a paru quelques jours plus tôt dans le Patriote de la Côte d'Or.


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Lettre Mme Brugnot


article nécrologique de Charles Brugnot par Louis Bertrand

Article nécrologique écrit par Louis Bertrand sur son ami Charles Brugnot dans le Patriote de la Côte-d'or. L'écrit est doublé d'un poème funèbre qui date du 13 Septembre 1831 mais ne sera pourant paru que dix mois plus tard, dans le n°62 du Patriote du 7 Juillet 1832 sous la rubrique "Variétés","Littérature", p.2. C'est à cet hommage doublé de l'annonce de la publication prochaine des poésies de l'ami disparu, que Mme Brugnot répondra avec reconnaissance dans sa lettre du 13 Juillet 1832 (publiée ci-dessus). Helen Hart Poggenburg explique dans ses Oeuvres complètes (Champion, Paris, 2005) qu'une brouille entre les deux amis expliquerait ce retard de publication. Mme Brugnot écrira au poète que l'éloignement désabusé de son mari de ses contemporains n'avait en aucun cas entaché l'amitié de Charles pour son ami dont il parla à son épouse jusqu'aux dernière heures. D'autre part le ton de l'article de Louis Bertrand ainsi que le poème qui l'accompagne: "Aux mânes de Charles Brugnot", enfin la datation de ce dernier, montrent que la réciproque était tout aussi vraie, contrairement à ce que stipule Henri Chabeuf.

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Article L.Bertrand sur Ch.Brugnot

Exposition d'oeuvres de lycéens d'après Gaspard de la Nuit

Ces travaux ont été réalisés par des élèves de seconde du lycée de Louhans en Saône-et-Loire à la suite d’une lecture guidée de Gaspard de la Nuit.
Les élèves ont librement choisi le texte dont ils souhaitaient proposer une transposition artistique ou une illustration, tout comme l’interprétation que leur œuvre en donnait.

Deux travaux nous invitent à nous plonger dans l’atmosphère nocturne de « La Poterne du Louvre », une aquarelle nous propose de nous laisser séduire par « Ondine », une photographie met en évidence le potentiel de violence des « Cinq doigts de la main », un travail collectif enfin, souligne, en s’inspirant de Callot avec beaucoup d’originalité, l’importance de l’idéal révolutionnaire pour le romantisme noir auquel on peut rattacher Aloysius Bertrand.

CES IMAGES, DONT IL NE PEUT ETRE FAIT QU’UN USAGE PRIVE, NE PEUVENT ETRE REPRODUITES SANS L’ACCORD ECRIT DE LEURS AUTEURS.
N. Ravonneaux.

Aloysius en son jardin


Aloysius repose à Paris mais le poète est également incarné à Dijon, sa ville bien-aimée, "sa nourrice". Il y contemple et médite en son jardin de l'Arquebuse où il aimait à s'asseoir sous le grand peuplier noir, foudroyé en 1917...
Rêverie en images hivernales et citations issues de Gaspard de la Nuit.

Photographies de Mile©.


notre Association


Notre association a été créée en Décembre 2006 pour restaurer la sépulture menacée du poète au cimetière Montparnasse, alors reprise depuis 2005 par la ville de Paris à cause de son état de délabrement. Le petit écriteau administratif avait touché des inconditionnels isolés du pauvre poète, la création de l'association fut un moyen efficace de les réunir et de lutter contre le révoltant guignon.

En Mai 2007, la sépulture était restaurée par la marbrerie Rébillon (Paris) dans sa quasi intégralité, mise à part sa stèle trop fragile qui a été simplement nettoyée. Le monument de pierre, sis dans la partie classée de la nécropole, est dorénavant entretenu annuellement par la Société des Gens de Lettres qui a récolté parmi ses propres adhérents un budget substantiel.



L'association s'investit désormais au long cours autour d'une passion largement partagée par différents publics pour l'oeuvre du poète. Elle invite quiconque le souhaite à rejoindre ses membres. Il vous est également possible de publier sur notre site, notre blog ou notre bulletin, ou de nous inviter tout simplement à partager: votre expérience, une idée, un témoignage...

Elle accueille toutes les personnes soucieuses de mémoire ou de poésie qui aiment Aloysius Bertrand. Elle propose à ses membres quelques rencontres dans l'année, qui permettent des échanges, des découvertes, ou le simple plaisir de se rencontrer...








Transfigurer le réel


















Désormais les actes du colloque dijonnais de Décembre 2007: "Aloysius Bertrand, un romantisme Dijonnais", sont disponibles au public. Transfigurer le réel, Aloysius Bertrand et la fantasmagorie dir. Francis Claudon et Maryvonne Perrot, a été publié en octobre dernier par le Centre Gaston Bachelard (Dijon, 2008). Vous pouvez commander l'ouvrage directement en vous adressant à Gael Cloitre. Ce deuxième ouvrage collectif dijonnais poursuit la voie de la reconnaissance au sein de la littérature française, de l'univers aloysien comme l'une de ses étoiles...

la sépulture d'Aloysius Bertrand



Le maintien de la sépulture d'Aloysius Bertrand a été l'objectif premier de l'association, fin 2006. Dans un état de délabrement très avancé comme en témoigne le film réalisé ci-dessous, elle n'était plus aux normes en vigueur. Dans le cas d'Aloysius Bertrand dont la famille est éteinte, le panneau de reprise sur la tombe et le petit encart à l'entrée du cimetière Montparnasse étaient de bien mauvais augure... Des personnes isolées se sont adressées, qui à la Mairie de Dijon, ville aimée par Bertrand "comme l'enfant la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète la jouvencelle qui a initié son coeur", qui auprès du Ministère de la Culture. Nulle restauration envisagée de part et d'autre, mais un rapprochement des deux maires de Paris et Dijon a permis à la sépulture de n'être pas reprise après les deux années règlementaires, et de bénéficier d'un peu de temps après sa retombée dans le domaine public, afin que de permettre à un donateur de la faire remettre en état le cas échéant.


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C'est dans un tel contexte que notre association a pu se constituer. Comme le hasard fait parfois bien les choses, une inquiétude légitime devant la désolation du monument, le fait que le nom d'Aloysius Bertrand ne soit pas indiqué sur le panneau des 100 "personnalités les plus importantes" à l'entrée du cimetière Montparnasse et un rêve, ont permis à sa présidente de réunir auprès des diverses administrations: mairies, services des Cimetières, les informations nécessaires relatives à sa situation dont seule désormais attestait la préface de l'édition établie par Jacques Bony en 2005 (qu'elle n'avait pas -encore- lue). Le petit panneau avait en effet été retiré depuis la fin de la période de reprise, conformément à la législation. C'est ainsi que fut décidée, en quelques jours, la création en urgence d'une collecte de fonds sur la base associative, dont la déclaration fut effectuée en Préfecture du Nord le 5 décembre 2006.

Un maximum de personnes ont été alertées: radios, universités, bibliothèques, revues... L' outil internet a été de ce point de vue salvateur, et les informations officielles, encourageantes. La situation à vrai dire était des plus étranges: épineuse, car les aides ne faisaient pas partie des orientations de la politique culturelle actuelle, cependant que le discours était unanimement soucieux que l'issue pût aboutir à une fin heureuse, soit une fin qui ne fût pas catastrophique pour la dernière demeure du poète. De la même manière, nous oscillions entre la misère d'une situation individuelle (celle du poète) et deux notoriétés: littéraire (celle du poète encore) et celle de la partie de la nécropole où il est enterré: la sépulture, vestige du XIXe siècle, se trouve en effet dans la partie classée de Montparnasse. La réfection n'allait pas pouvoir se faire avec du simili-marbre et trois fleurs artificielles... La restauration du monument devait être prévue en pierre et à l'identique, le devis, soumis à l'approbation du Service Central des cimetières parisiens pour obtenir l'autorisation exceptionnelle de travaux.

Les éditeurs de Gaspard de la Nuit n'ont pas souhaité parrainer notre action. L'un d'eux nous parla beaucoup de l'émission radiophonique de l'un de ses collaborateurs prévue pour le bicentenaire de la naissance du poète, collaborateur "qui aimait beaucoup Aloysius Bertrand mais ne participait pas à ces choses-là", à qui par ailleurs il ne nous fut pas permis de nous adresser personnellement. Quant aux éditeurs de musique, où notamment l'oeuvre pianistique éponyme de Ravel existe depuis sa composition en 1908, ils se sont contentés d'un silence respectueux mais néanmoins éloquent. La "culture" , non décidément, ce n'était pas une histoire d 'ossements, de funéraire, de "morbide" (brrr). La "culture", c'était, encore et toujours, "autre chose." Je ne tairai pas non plus la scandaleuse démission d'universitaires qui ont participé à des colloques organisés pour le bicentenaire de la naissance du poète et n'ont cependant pas souhaité participer à la restauration, alors qu'il nous manquait encore 500 €...

Où commence la culture, me demandai-je régulièrement, et où finit la mémoire? Ou finit la mémoire, et où commence l'oubli de qui fut un être de chair et de sang, le déni de son existence au monde? Aloysius Bertrand parti, allait-il devoir à nouveau être délogé du seul lieu où lui restait encore une place tangible?

Ce sont les bonnes volontés de gens de lettres de tous les horizons (universitaires, écrivains, poètes, bibliothécaires, journalistes) mais également des sensibilités non exclusivement littéraires mais de toutes professions, scandalisées que la mémoire puisse ainsi être vandalisée, qui se sont manifestées et mobilisées pour que les aloysiens ossements, "les cendres" comme on les appelle euphémiquement, ne soient pas, ainsi que le prévoient les textes, sortis de leur caveau et "recueillis" (comprendre: entassés, empilés dans un contenant spécifique d'un format à peine plus important que celui d'une boîte à chaussures) pour être placés dans l'ossuaire du cimetière Montparnasse.

La Société des Gens de Lettres de France, grâce à son secrétaire Général M. Jean-Claude Bologne, a organisé pour nous aider sa propre souscription: une somme substantielle a été réunie, qui a servi à compléter les 500 euros qui nous manquaient, d'une part, à permettre d'envisager pour la suite d'autres travaux si besoin en était, d'autre part. Les intérêts de cette somme placée participent à l'entretien annuel de la sépulture (nettoyée et joliment fleurie en septembre). Le marbrier Rébillon, Boulevard Edgar Quinet, a effectué tous les travaux. M.Thienpont a été un interlocuteur franc, compréhensif et efficace, qu'il en soit remercié ici. Le nombre de devis faits, refaits, re-refaits que j'ai retrouvés il y a peu témoigne de sa grande patience, de ses efforts pour effectuer à un coût abordable des travaux de qualité, sous réserves de mauvaises surprises impossibles à prévoir qui, n'en déplaise au guignon, ne furent pas rencontrées. Les membres de notre association se sont mobilisés à nouveau quelques mois après les travaux, à la fin de l'été 2007, pour offrir au poète une digne plaque où figurent désormais son pseudonyme littéraire et ses dates.




Aloysius Bertrand, poète romantique cité par les Célébrations Nationales pour le bicentenaire de sa naissance, n'aura donc pas été exhumé dans le silence et le secret. Cet anniversaire a été pour notre association un heureux hasard qui lui permit de sensibiliser davantage de par sa scandaleuse ironie, et le moyen pour plusieurs passionnés de se rencontrer autour d'une cause qui reflète la multiplicités des enjeux que pose la reconnaissance d'un artiste ou d'un écrivain décédé. D'aucuns, dans le courrier des lecteurs du Magasine Lire notamment, qui avait relayé l'information, se sont indignés: 4000 euros pour un tombe! avec le soutien mielleux d'un rédacteur indifférent, au beau milieu d'une débauche de "nouveautés" qui se bousculent lors de traditionnelle "rentrée littéraire". Notre association, avec les dons de sa petite quarantaine de membres, aurait spolié le budget Santé de l'état...

Pauvre Aloysius Bertrand, qui a tant coûté à la société, sans nul doute eût-il mérité la sépulture de l'âne (nous y reviendrons dans des travaux ultérieurs) ?

Des sites de poètes et passionnés de littératures heureusement n'ont pas partagé cet avis, qui ont diffusé largement notre appel: celui de Florence Trocmé, Poezibao, le site du livre en Nord-Pas-de-Calais Eulalie, celui de Denis Constalès qui propose sa propre version en ligne de Gaspard de la Nuit, en son temps le site de Francis Mizio... Nous avons également pu compter sur la célérité des acteurs territoriaux pour l'obtention rapide de l'autorisation de travaux et du conseil fiable (Marie-Christine Durand, de la mairie de Dijon, Marie-Paule Lelièvre, Conservatrice du Cimetière Montparnasse).

Le pétition pour demander que le poète figure sur le panneau d'entrée du cimetière n'a pu aboutir car la "liste" sur le panneau & les guides est limitée à 100 personnes, de plus une dizaine d'autres associations avaient fait des demandes. D'autre part (et il est intéressant de relever que les responsables des cimetières parisiens eux-mêmes s'en émeuvent) cette liste concerne les personnes les plus "demandées", soient celles pour lesquelles les touristes du monde entier se déplacent, généralement en sachant déjà où elles sont inhumées. Ce sont donc toujours sensiblement les mêmes, et l'ouverture culturelle n'a pas toujours sa place dans cet arbitraire de l'intérêt collectif pour un nom, ou une histoire; les guides, pour reprendre les mots d'une responsable, sont de ce point de vue "mal fichus". Un projet dont le Père Lachaise devrait constituer l'un des sites pilotes est d'ailleurs prévu : il s'agirait de bornes interactives qui permettraient à un nombre plus important de sépultures d'être mentionnées aux yeux du public.


Merci aux personnes, membres de l'association, qui ont permis la restauration de la sépulture:


M. Jean-Michel Barbier, libraire, La Lampe d'Argile, Asnières-sur-Oise; M. Youb Benlahcène, comptable retraité, Lille; M. Pierre Maubé, bibliothécaire, écrivain, Saint-Germain-en-Laye; Mme Nicole Mozet, professeur d'université à Paris VII, Paris; M. Pierre Levis, ingénieur, Caen; M. Jean-Pierre Duthoit, comédien, Loos; M. Eric Angelini, journaliste, Bruxelles; M. Christian Dufour, professeur, écrivain, St-Gence; M. Serge Nève, libraire, Lorgues; M. Christian Immarigeon, amateur de vieux livres, Paris; M. Jean-François Lecompte, écrivain, critique littéraire, Paris; M. Denis Constalès, professeur d'université, Gand; M. Francis Mizio, écrivain, Paris; M. Jean Bonnat, directeur d'hôpital, Epinal; M. Alain Heyvaert, professeur d'université à Lille III, Maubeuge; M. Lucien Chovet, Alfortville; Mme & M. James et Christiane Carpentier-Piskorski, professeur de lettres retraitée, Luxembourg; M. Jacques Bony, professeur d'université, a édité Gaspard de la Nuit chez Flammarion, Saint Mandé; M. Alexandre Jaisson, Paris; M. Max Milner, professeur d'université, a édité Gaspard de la Nuit chez Gallimard, Paris; M. Francis Claudon, professeur d'université, a organisé le colloque dijonnais de décembre 2007, Paris; Mme Marie-Catherine Huet-Brichard, professeur de littérature française du XIXème siècle, Montamat; M. Nicolas Wanlin, professeur de Français et chercheur, a organisé le colloque parisien de Novembre 2007, Paris; M. Jean-Louis Cabanès, professeur de littérature française, Paris; Mme Jeannine Guichardet, professeur de littérature française, Lardy; M. Daniel Sangsue, professeur de littérature française, Neufchâtel (Suisse); Mme Marie-Thérèse Pierson, infirmière puéricultrice, Saint-André-lez-Lille; Mme Lucienne Frappier-Mazur, professeur de littérature française, Philadelphie; M. Pierre Pecher, cheminot retraité, Amiens; M. et Mme Françoise et Marcel Herrgott, passionnés par Aloysius Bertrand et son oeuvre, Toulouse; M. et Mme Anne et Benoît Quennedey, Dijon; Mlle Nathalie Ravonneaux, enseignante en Lettres modernes, Paris; M. Fabrice Agat, étudiant en Lettres modernes, Tonnerre; M. Matthieu Liouville, professeur de littérature, chercheur, Paris; la Société des Gens de Lettres de France , éminente Association littéraire fondée en 1838 pour défendre les auteurs de l'écrit, Paris.


Ont rejoint notre association fin 2007:


Renée et André Moteley, Paris; Yves Blacher, fils de l'artiste Béatrice Appia, Sète; Anne-Marie et Olivier Appia, psychiatre, Mantes-la-Jolie; Emilie Notard, poète et professeur de littérature, Leipzig.


Monsieur Max Milner nous a quittés cet été .


Décembre 2008, la présidente de l'Association










Repères Biographiques

par Lucien Chovet

1807

20 avril : naissance de Jacques Louis Napoléon Bertrand à Ceva, territoire italien occupé par la France.


1815

La famille de Bertrand s'installe à Dijon.


1826

Bertrand est admis à la Société d'études dans sa ville d'adoption : il aura l'occasion d'y donner lecture de nombreux textes, à caractère littéraire ou historique.

Il compose Scène indoustane, son premier poème en prose connu.



1828

Période du Provincial

* 1er mai : premier numéro du Provincial, où Bertrand fera paraître des textes en tout genre : poèmes en vers et en prose, chroniques, essais, échos divers.

* 12 septembre : publication dans Le Provincial de 3 poèmes en prose à titre d'échantillons d'un "recueil de compositions du même genre que l'auteur se propose de publier très prochainement, sous le titre de Bambochades romantiques (Le Provincial, p. 212).

* 30 septembre : dernier numéro du Provincial.

Premier séjour parisien

* Novembre : départ pour Paris, avec le manuscrit des Bambochades prêt ou pratiquement prêt pour l'impression. Bertrand est reçu chez Victor Hugo, Emile Deschamps et Charles Nodier (les 3 dédicataires des Bambochades romantiques publiées dans Le Provincial). A une époque où les relations sociales sont très codées et contraignantes, il y apparaît comme "un échappé de province" (Victor Pavie). Hugo et Sainte-Beuve se montrent sensibles à ses productions.


1829

Première tentative de publication

* Janvier : selon Charles Brugnot, "Sautelet imprime les Bambochades au nombre de 40, ce qui fera un vol. dit-il [Bertrand] de 200 pages et plus avec notes et préfaces. Il m'en envoie deux, l'un dédié [sic] à sa mère, l'autre à moi" (OC, p. 851: voir aussi p. 856, mais certaines interprétations de l'éditrice sont manifestement à revoir). Les 2 textes auxquels il est fait allusion sont La Chaumière (version antérieure à celle de Gaspard de la Nuit) et Les Sylphes (pièce perdue). Le second état connu du recueil (manuscrit de Gaspard de la Nuit de 1836) comportera 53 pièces et 2 préfaces : malheureusement, c'est à peu près le seul élément de comparaison possible entre les 2 états de l'ouvrage. Nous ne connaissons de source sûre que 3 des 40 Bambochades, celles du Provincial.

* Juillet : Sautelet fait faillite, le manuscrit des Bambochades est placé sous séquestre.


1830

Nouvelle période dijonnaise

* Avril : retour de Bertrand à Dijon.

* De mai à décembre : plusieurs textes de Bertrand paraissent dans Le Spectateur.

* Adhésion enthousiaste à la révolution des Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830).


1831

* Février : les positions politiques de Bertrand se radicalisent. Il quitte la rédaction du Spectateur, trop modéré à son goût, et devient rédacteur en chef d'une nouvelle publication, Le Patriote de la Côte-d'Or. Articles virulents, manifestations et polémiques se succèdent. Lors du premier soulèvement des canuts lyonnais, les républicains dijonnais sont empêchés de former des compagnies de volontaires pour se rendre à Lyon.

1832

Poursuite des activités politiques de Bertrand. Les militants républicains s'émeuvent du soulèvement désespéré de Varsovie contre le tsar, ainsi que de la répression sanglante à l'encontre des leurs au cloître Saint-Merry à Paris (5 et 6 juin). Le ton vindicatif des articles de Bertrand ne faiblit pas pour autant : dans une adresse au gérant du Spectateur (le 6 août), il s'en prend aux "Cafards de la Peur", traite le journal de "singe du juste milieu" (partisan de la monarchie de Juillet) et se revendique "prolétaire". Il se bat en duel avec un des rédacteurs-propriétaires du journal. En retour, on le traite de "bousingot" (OC, p. 763) : le mot désignait à l'époque les révolutionnaires républicains, sans les connotations littéraires dont il est affecté désormais.

Au cours de cette période et jusqu'en 1834, il signe ses courriers et se fait appeler par des tiers "Ludovic Bertrand".


1833

Second séjour parisien

* Janvier : Bertrand quitte à nouveau Dijon pour Paris, où sa mère et sa sœur vont bientôt le rejoindre. Ce second séjour sera définitif. Très rapidement, l'éditeur le plus en vue du romantisme (notamment de Nodier, Hugo et Hoffmann), Eugène Renduel, inscrit à son catalogue Caspard de la Nuit, nouveau titre du recueil de Bambochades, par "Louis Bertrand" (catalogue annexé à La Vie de E. T. A. Hoffmann, signalé par Fernand Rude ; voir aussi le catalogue annexé au Balcon de l'Opéra de Joseph d'Ortigue).

* Fin 1833 ou plutôt en 1834 selon Sprietsma, Bertrand forme le projet d'un recueil de vers, La Volupté, signé "L. Bertrand". Deux listes, respectivement de 26 et 20 textes, sont conservées. Les poèmes sont classés en deux parties, mais il s'agit plus d'un aide-mémoire que d'un plan. Le recueil demeurera à l'état de chantier, les poésies écrites ultérieurement ne s'inscrivant plus dans ce cadre.


1834

Les catalogues d'Eugène Renduel mentionnent à nouveau comme sous presse Gaspard de la Nuit par "Louis Bertrand" (forme nouvelle du titre, voir notamment les catalogues annexés aux Intimes de Michel Raymond et aux Etudes sur la science sociale de Jules Le chevalier, liste non exhaustive).

S'il arrive à Bertrand de signer "Ludovic Bertrand" certains de ces textes (c'est le cas pour 4 publications en revue, de 1831 à 1833), en revanche, toutes les annonces de son œuvre maîtresse font invariablement apparaître son vrai prénom.

Correspondance amoureuse avec une certaine Célestine, qu'il signe "Ludovic".


1835

* Bertrand rédige une page de titre pour son recueil, datée de 1835 : "Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot par Caspard de la Nuit" (fac-similé, OC, p. 581: la lecture "Caspard" est probable, sans être absolument certaine).


1836

Remise du manuscrit à Renduel

* Mai : David d'Angers écrit à Victor Pavie qu'il a vu Bertrand. Il l'informe que Renduel a remis la publication du recueil à plus tard, la saison n'étant pas bonne.

* Bertrand fait figurer l'adresse de Renduel sur un dessin daté de 1836, représentant un personnage qu'il identifie à Maribas, figure de Départ pour le sabbat, dans un autre dessin signé "Ludovic Bertrand" (reproductions in OC, p. 564-5).

* Projet de contrat avec Renduel : l'ouvrage de Bertrand serait publié à 800 exemplaires, dont 500 sous le titre Gaspard de la Nuit et 300 sous le titre Keepsake fantastique.

* Bertrand date du 20 septembre le poème dédicatoire initial à Victor Hugo, il redate de la même façon le poème dédicatoire final à Charles Nodier. La page de titre du manuscrit connaît une nouvelle rédaction : "Gaspard de la Nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot par Louis Bertrand". Bertrand est désormais dessaisi de son manuscrit. Ce qu'il est convenu d'appeler les Pièces détachées sont, pour partie, des pièces écartées du recueil, pour une autre partie, des pièces postérieures.


1837

* Le directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin refuse le drame-ballade Daniel.

* Une version de Ma Chaumière paraît dans le keepsake Couronne littéraire, signée "Bertrand (Aloysius) de Dijon" (signalée par J.-L. Steinmetz). C'est la première apparition de cette nouvelle déclinaison du prénom Louis, et c'est la seule qui soit associée publiquement à un texte de Bertrand.

* 18 septembre : Bertrand écrit à David d'Angers que son Gaspard de la Nuit "attend le bon vouloir d'Eugène Renduel pour paraître enfin cet automne."

* 4 octobre : Antoine de Latour incite Bertrand à plus de prudence : "Je me disais aussi que ton livre allait paraître dans un moment de réaction et que par cette raison, il fallait prendre doublement garde aux témérités du fond et de la forme" (OC, p. 902-3).


1838

Les années d'hôpital

* Janvier : l'orientaliste Théodore Pavie propose à David d'Angers l'impression du recueil par son frère Victor Pavie, Renduel ne voulant plus se charger du livre.

* Septembre : Bertrand, qui souffre de phtisie, entre à l'hôpital Notre-Dame de la Pitié sous le nom de "Bertrand, Jacques Aloysius" (OC, p. 65).

* Il date de 1838 une des versions du poème dédicatoire à David d'Angers, une autre version est datée de 1839 : si Bertrand avait survécu et avait pu remanier son recueil, ce texte se serait-il substitué à celui-là même qui est dédié à Nodier ?


1839

Un dessin, daté de 1839, est signé "AL.s B.D" (reproduit par Jules Marsan, Bohême romantique, 1929).

Bertrand entre à l'hôpital Saint-Antoine sous le nom de "Jacques-Ludovic Bertrand, étudiant" (OC, p. 66). C'est la dernière apparition connue du pseudonyme "Ludovic".


1840

* Bertrand signe un des 2 manuscrits d'Une autre vie (vers faits dans un cimetière) "Aloysius Bertrand". Le Lac est signé "Aloyss. Bertrd". Les 2 manuscrits du Démon de la Forêt-Noire sont signés, l'un "Aloyss. Bertrd", l'autre "Aloysius Bertrand". Enfin, 2 dessins, également datés de 1840, sont signés "Aloysius Bertrand" (collection Buffetaud, OC, p. 580). Le relevé ci-dessus des occurrences du pseudonyme "Aloysius" est, à dessein, exhaustif : si son emploi se concentre sur les dernières années, d'un autre côté il est nettement moins fréquent que "Ludovic" et, contrairement à ce dernier, n'est jamais employé par de tierces personnes ; enfin, il n'est jamais associé aux grandes œuvres de Bertrand.

* Bertrand date du 5 octobre le sonnet A Monsieur Eugène Renduel, invitant l'éditeur (qui a en fait abandonné la profession) à tenir ses engagements : le recueil est en effet annoncé depuis 1833…


1841

* 11 mars : Bertrand entre à l'hôpital Necker sous le nom de "Jacob Louis Napoléon Bertrand, étudiant" (OC, p. 67). "Jacob" est la troisième déclinaison des prénoms de Bertrand.

* 20 mars : Sainte-Beuve plaide la cause de Bertrand auprès de Renduel : "David, le statuaire, qui s'intéresse à lui, voudrait ravoir le manuscrit" pour publication par Victor Pavie à Angers (OC, p. 906).

* Mars et avril : importante correspondance avec David d'Angers, signée "L. Bertrand". La dernière lettre, à un mois de la mort, a valeur testamentaire : "Je suis dans une crise que je crois la dernière" ; il se plaint des changements dans son manuscrit que lui imposait Renduel, mais s'abstient de commenter les retranchements que demande le nouvel éditeur, Victor Pavie : le rapprochement n'est sans doute pas fortuit. Il estime que le manuscrit "a besoin d'être réduit au tiers" et que la première préface au moins doit être entièrement supprimée. Faute d'un ouvrage conforme à ses vœux, il craint de "mourir tout entier" (OC, p. 912).

* 29 avril : mort de Bertrand. Sollicitée par David d'Angers, la famille (mère, sœur et frères) ne participera pas aux obsèques le lendemain ; David d'Angers sera seul à suivre le corbillard. Quelques semaines plus tard, David rachète à Renduel le manuscrit de Gaspard de la Nuit. La vie posthume de Bertrand commence.


Note : la biographie de Cargill Sprietsma, Louis Bertrand (1807-1841) dit Aloysius Bertrand, qui date de 1926, a vieilli. Pour les activités politiques de Bertrand en particulier, qui invitent à mettre en question toute une imagerie stéréotypée, il est indispensable de la compléter avec le premier chapitre de l'excellent essai de l'historien du mouvement social Fernand Rude (Aloysius Bertrand, Seghers, coll. Poètes d'aujourd'hui, 1971) et la riche chronologie d'Helen Hart Poggenburg (Œuvres complètes, Champion, 2000).

Choix bibliographiques


Lucien Chovet vous propose:

1. un choix bibliographique des versions existantes de Gaspard de la Nuit

2. une Bibliographie en ligne (sites Gallica & Gallica2 de la Bnf)



Exposition à la bibliothèque municipale d'Angers



A l'initiative de Jacques Bony la Bibliothèque municipale d'Angers organise, sous la direction de Monsieur Gautier son conservateur, une exposition autour de la première édition de 1842 de Gaspard de la Nuit par David d'Angers et Victor Pavie.


Cette exposition intitulée "Gaspard de la Nuit, un coup de coeur littéraire de David d'Angers" se tiendra du mardi 11 septembre au samedi 20 octobre 2007 à la Bibliothèque municipale, et se clôturera sur des lectures et une interprétation de Maurice Ravel au piano.

Les dix-sept dessins originaux d'Aloysius Bertrand y seront présentés, restaurés pour l'occasion. S'y trouveront également des lettres de David d'Angers, Sainte-Beuve, Victor Pavie, Louis Boulanger et Emile Deschamps relatives à la première édition, récemment entrées dans les collections de la Bibliothèque municipale d'Angers par donation de la famille Pavie. Les différentes éditions de Gaspard de la Nuit depuis 165 ans seront également exposées, avec une attention particulière à leur illustration.

Horaires d'ouverture:
mardi & mercredi: de 9h30 à 18h30
jeudi & vendredi: de 12h30 à 18h30
samedi: de 9h30 à 17h30
Visites guidées tous les samedis à 14h30 et le dimanche 16 Septembre à 14h,15h,16h,17h.
Accès libre/Accès facile pour les personnes handicapées

Bibliothèque municipale d'Angers, 49 rue Toussaint 49100 Angers.
02.41.24.25.50

Aloysius Bertrand, un romantisme dijonnais



Colloque international, Dijon, 7-8 décembre 2007

Université de Bourgogne, université de Paris XII, Académie des Sciences, arts et Belles-Lettres de Dijon, UMR 5605 Centre Georges Chevrier, Centre Gaston Bachelard


Problématique du colloque, objectifs scientifiques et valorisation:


Ce colloque est organisé conjointement par deux centres de recherches universitaires et une société savante à l'occasion du deuxième centenaire de la naissance d'Aloysius Bertrand, écrivain romantique indissolublement lié à Dijon et fondateur, dans Gaspard de la Nuit, du poème en prose de langue française.

Ce colloque s'inscrit dans le cadre des manifestations patronnées par la Délégation aux Commémorations nationales.

Il n'est certainement pas le seul en France sur le sujet, mais il est peut-être le seul à continuer une action et une tradition patrimoniales.

En effet A. Bertrand, s'il n'est pas né à Dijon, s'y est fixé dès son enfance, à l'occasion de l'établissement de son père, officier dans l'armée napoléonienne.

A. Bertrand a fait ses études à Dijon, a contribué à fonder plusieurs cercles intellectuels locaux (par exemple la "Société des Etudes", où il collabore avec Lacordaire) ; il y a dirigé des journaux (par exemple le "Patriote de la Côte d'Or"), il y a conçu des mélodrames destinés au théâtre local.

Bertrand a surtout fondé un mythe littéraire de Dijon, qu'on trouve dans Gaspard de la Nuit, recueil emblématique du poème en prose, abondamment inspiré des peintres et graveurs (Van Laert, Rembrandt, Callot) et du Romantisme allemand (Hoffmann) ; puis le volume est devenu célèbre grâce à la mise en musique de Ravel, qui porte le même titre et chante tout particulièrement deux personnages fantastiques : Ondine et Scarbo. Justement ces deux figures incarnent l'élément liquide (pour Ondine), l'élément fulgurant (pour Scarbo), c'est-à-dire deux catégories qui ont retenu l'attention, comme on sait, de Gaston Bachelard, philosophe bourguignon, et aussi, sans conteste, de son disciple : Gilbert Durand, au titre des structures fondamentales de l'Imaginaire.

C'est dire que Bertrand peut et doit entrer dans les préoccupations du Centre Bachelard de l'Université de Bourgogne. Mais Bertrand concerne tout autant le Centre d'Étude des Poétiques de l'Université Paris 12-Val de Marne.

En 1991 l'Université de Bourgogne avait déjà célébré, avec ses seules et simples forces, A. Bertrand, en un volume intitulé Les Diableries de la Nuit (Editions Universitaires Dijonnaises). On y trouvait bien des noms et des maîtres d'œuvre qui veulent à présent enrichir la formule, à commencer par les directeurs du Centre Bachelard de l'époque (Maryvonne Perrot et Jean Jacques Wunenburger) et par Francis Claudon (responsable actuel du Centre d'Étude des Poétiques de Paris 12-Val de Marne).

L'objectif est triple: - proposer une lecture systématique, bachelardienne et durandienne, de l'ensemble de l'œuvre de Bertrand ; - à cet effet considérer bien sûr Gaspard de la Nuit, mais aussi le théâtre de Bertrand, ses pièces de vers (qui sont justement de belles illustrations d'un romantisme dijonnais intime et délicat), les pièces en prose, non publiées dans le fameux recueil, si vantés par Sainte-Beuve ou par Victor Hugo ; - atteindre cet objectif avec des moyens et des chercheurs qui tous ont, on eu, continuent d'avoir, un lien avec les institutions intellectuelles, culturelles et savantes dijonnaises, parmi lesquelles il y a évidemment l'Académie.


Comité scientifique Maryvonne Perrot, Université de Bourgogne - Francis Claudon, Université Paris 12-Val de Marne - Jean Ferrari, Académie de Dijon - Michel Erman, Université de Bourgogne - Pierre Guenancia, Université de Bourgogne.

Adhérer

Pour adhérer à notre association, nous vous invitons à télécharger notre formulaire (format PDF) et nous le renvoyer complété par courrier ou par mail.


Pierre Maubé




Louis Bertrand meurt. Il a trente-quatre ans depuis quelques jours. Il est dans un des lits de la salle commune de l’hôpital Necker. La tuberculose a eu raison de lui, il crache du sang, il s’étouffe, il meurt.

29 avril 1841.

Un jour quelconque. Certains vivent, d’autres meurent. On ne sait pas soigner la tuberculose à cette époque, on ne sait pas soigner grand-chose, on donne de l’opium aux malades, certains guérissent, d’autres pas.

Louis Bertrand a tout raté. Il se le répète depuis longtemps, c’est peut-être pour ça qu’il ne lutte plus contre son mal, à quoi bon, pour qui, pour quoi ?

Son manuscrit a été refusé par tous les éditeurs de Paris, par toutes les revues de France. Hugo, Nodier, Sainte-Beuve lui ont écrit quelques lettres gentilles, lui ont dit quelques mots distraits.

Il ne sait pas que son livre sera publié l’année prochaine. Il ne sait pas qu’il a donné naissance à un genre. Il ne sait pas que Baudelaire, Mallarmé, Reverdy, Max Jacob, Breton le salueront comme leur maître, leur inspirateur. Il ne sait pas que ce pseudonyme vaguement médiéval, griffonné au dos de l’un de ses poèmes, symbolise à jamais un état de la langue française, un moment éphémère, éternel, une forme, un équilibre que l’on disait jusqu’alors impossible entre le poème et la prose.

Aloysius Bertrand meurt vaincu, triomphant, ignorant tout de lui, de sa vie, de sa mort. Pareil en cela à n’importe lequel d’entre nous.




Pierre Maubé

Emilie Notard



La pendue
À Aloysius Bertrand



J’étais montée en haut de l’arbre et y avais attendu que le ciel se drape de noir.

Puis je jetai ma vie dans le vide, pendue à une étoile. Et mon corps se balançait aux grincements de la corde.

Mais la faux argentée de la lune coupa ce cordon ombilical qui me reliait à celle qui nourrissait mon art.

Alors je tombai dans un étang d’encre, un étrange collier au cou. Et mon cadavre s’emmêlait dans un goémon de phrases.

À la surface, l’arbre mort de n’avoir pu se mirer en ces eaux gluantes s’était penché pour recueillir la noyée qui avait voulu se pendre.

Au réveil, j’hurlai en silence des mots invisibles.



Emilie Notard
Leipzig, le 15.02.2004


Encore un printemps



Colloque pour le bicentenaire de la naissance
d’Aloysius Bertrand: 1807-2007
ENS / Paris-Sorbonne, 23-24 novembre 2007

Colloque organisé avec le soutien du Ministère de la culture (Délégation aux célébrations nationales), du Centre de recherche sur la littérature du XIXe siècle de l'université Paris-Sorbonne et du département Littérature et Langages de l'Ecole normale supérieure.


Vendredi 23 novembre


École normale supérieure, salle Jules Ferry (29, rue d’Ulm)


Écrire Gaspard de la Nuit (poétique I)

9h40 Jacques Bony, « Le(s) manuscrit(s) de Gaspard de la Nuit... »
10h10 Jean-Luc Steinmetz, « Bertrand et Cie : “Les Chroniques” »
10h40 Pause
11h00 Matthieu Liouville, « La poésie des voix dans Gaspard de la Nuit : vers le poème conversation »
11h30 Gisèle Vanhese, « Rhétorique profonde et magie de l'image dans Gaspard de la Nuit »

Écrire Gaspard de la Nuit (poétique II)

14h00 Michel Murat, « La mutation d’un genre »
14h30 Jacques Dürrenmatt, « Ponctuation de phrase et de texte dans Gaspard de la Nuit »
15h00 Carla van den Bergh, « Verset ou couplet dans Gaspard de la nuit ? La Ballade comme modèle du premier poème en prose ? »
15h30 Pause
15h50 Dominique Millet-Gérard, « Géométrie et finesse : l’exemple du “Raffiné” »
16h20 Gérard Dessons, « La manière d’Aloysius Bertrand » (intitulé provisoire)


Samedi 24 novembre

Maison de la recherche Paris-Sorbonne (28, rue Serpente)


Publier Gaspard de la Nuit (poétique I)

9h15 Accueil et café
9h30 Marie-Catherine Huet-Brichard, « Le texte liminaire, une symphonie ironique »
10h00 Jean-Pierre Bertrand, « Le poème en prose : une affaire de support »
10h30 Pause
10h50 Luc Bonenfant, « Dépasser Hugo. Les épigraphes de Gaspard de la Nuit »
11h20 Lise Sabourin, « De Gaspard à ses illustrations »


Publier Gaspard de la Nuit (poétique II)

14h00 Mélanie Leroy-Terquem, « Bertrand, un "petit romantique" ? »
14h30 Sabine Ricote, « La clef des songes. Lecture ethnocritique de “Un Rêve” »
15h00 Pause
15h20 Nathalie Vincent-Munnia, « Gaspard de la Nuit : galvaniser le réel, envisager l’art comme fantaisie(s) »
15h50 Françoise Sylvos, « Les figures de l’artiste dans Gaspard de la Nuit »
16h20 Nicolas Wanlin, « “L’école flamande” : une poétique de l’histoire »

Organisation: Jacques Bony et Nicolas Wanlin
Comité scientifique: André Guyaux, Michel Murat et Georges Molinié

Oeuvre de Béatrice Appia

Gaspard de la Nuit, aquarelles de Béatrice Appia (1899-1998)



Portrait de l'artiste par son fils Yves Blacher

"Ma mère, artiste peintre graveur de son métier, excellente dessinatrice douée d’une imagination débordante, a inventé le style “imaginaire“ et l’a appliqué avec plus ou moins de fantaisie dans la plupart de ses travaux. D’ailleurs, elle a dit maintes fois avec fierté : « Je suis une imagière, j’aime beaucoup ce que je fais», ce qui explique bon nombre de ses dessins colorés à l’aquarelle ou non, remarquables par leur beauté et leur variété sur des sujets divers. Elle tirait ses dessins de souvenirs vécus ou bien en s’inspirant d’une quelconque œuvre littéraire lue auparavant. J’ai ainsi comptabilisé d’elle :
  • des dessins pleine page dans 34 histoires diverses
  • des bandes dessinées dans 5 albums
  • plusieurs dessins dans 2 livres

D’ailleurs, son imaginaire ne s’arrête pas là, elle a peint 135 tableaux à l’huile, quelques gouaches et reproduit par gravure sur métal 35 dessins à elle dans ce style.

En tant que fils, j’ai souvent observé dans mon enfance comment ma mère faisait son travail au dessin. C’était généralement à notre domicile parisien du 7ème arrondissement qu’elle l’exécutait sur une grande table de salle à manger quand elle n’avait pas le temps d’aller peindre un tableau à l’huile à son atelier parisien de peinture d’art distant de plusieurs kilomètres. Elle commençait toujours au crayon graphite à mine tendre sur papier dessin blanc à grain fin, exécutant un tracé rapide et sûr quelles que soient les formes et sans jamais hésiter. Elle gommait parfois pour ensuite appliquer une certaine harmonie de formes dans l’ensemble de son œuvre. Quand elle le pensait nécessaire, elle ajoutait un monologue à petits caractères majuscules à côté d’un dessin, jamais sous forme de bulles. Quand elle trouvait que le dessin global lui allait bien, elle complétait son travail à l’encre de chine au moyen d’une fine plume en acier. Une fois l’encre sèche, elle gommait pour faire disparaître les traits précédemment tracés au crayon puis, quand elle le désirait, elle finissait en colorant à l’aquarelle avec un pinceau de grosseur moyenne à soies fines, de préférence à la lumière du jour, rarement à celle d’une lampe électrique, choisissant et mélangeant ses couleurs sans jamais se tromper. Elle avait une préférence pour les couleurs vives et suffisamment voyantes. De cette façon, elle était sûre que ses dessins, colorés ou non, ne s’effaceraient jamais avec le temps.

J’ai dans ma collection personnelle de très nombreux dessins qu’elle a exécutés à différents moments de sa vie."

Octobre 2007.

Les aquarelles de Gaspard de la Nuit (59 Planches) sont ont été données par l'artiste à la Bnf (Richelieu- estampes&photographies- magasin). Elles y sont conservées sous la côte TB-918-PET-FOL avec d'autres illustrations de l'artiste.

Béatrice Appia, Exposition permanente



En ce début d'année 2009, l'association vous propose, entre autres choses, une exposition permanente de l'oeuvre de Béatrice Appia d'après les copies conservées par son fils et ayant-droit Yves Blacher de cette transposition picturale très particulière de Gaspard de la Nuit: qui ne tient pas de l'illustration à proprement parler, et cependant entretient avec le texte une relation nécessaire, demande à être "relue" à la lumière de ce dernier. M. Yves Blacher nous a octroyé les droits de reproduction ( à une échelle et des paramètres de reproduction qui protègent l'oeuvre de copies illicites).

Nous avons pris donc la décision de faire connaître sur le long cours, au fur et à mesure du travail de présentation souhaité, cette oeuvre belle et stimulante pour le lecteur critique de Gaspard sur notre site. Cette idée a fait suite, d'une part, à la difficulté de faire connaître ces dessins à l'inventivité remarquable, dont un original est conservé à la Bnf et pour laquelle il semble difficile de trouver un éditeur papier d'après l'appel infructueux lancé par lalanguependue il y a un an. Mais surtout, notre démarche est motivée par une promesse non encore honorée par manque de temps, promesse qui a pourtant scellé le "pacte" entre la présidente de l'association et le fils de l'artiste: soit celui de commenter la relation qu'entretiennent les dessins et le texte lui-même, en tentant d'identifier et de mettre en mots une lecture en images de Gaspard de la Nuit par Béatrice Appia.

Aucune visée critique, aucun questionnement esthétique particulier de notre part concernant ce travail, donc, même si ce dernier peut poser question à qui s'intéresse à cet aspect qu'est la transposition et la mise en images d'une oeuvre littéraire (dimensions qui ne peuvent et ne pourront jamais sans doute être épuisées) . Il s'agit plutôt de la joie de tenir notre promesse avec une visée ludique: celle d'analyser de quelle manière les poèmes, dont les images se sont inspirées, ont été mis en peinture & sur deux dimensions par une artiste qui se revendiquait "imagière". La revendication de Béatrcie Appia d'être une "imagière" sous-tend une volonté certaine de précision dans son approche artistique (à l'heure ou Gaspard de la Nuit est souvent pour les artistes un point de départ-mais non d'ancrage-) et une relative fidélité au texte. Nous verrons néanmoins que l'artiste ne censurait en aucune manière les fantaisies que lui insufflait son propre imaginaire.

Les images et le travail proposé sur ces images ne sauraient être reproduites, les documents n'être utilisés que pour un usage privé exclusivement.


Page n°1: Page de titre
Page n°2: A Dijon disjeûnons... et que moult te tarde
Page n°3: Conclusions de Gaspard et de Aloysius (...)
Planche de dessins n°1




Trois noms de Gaspard

portrait de Gaspard Hauser par Johann Friedrich Carl Kreul (1830)



C’est en hommage à Gaspard Hauser, à la naissance, l’enfance et le destin obscurs tout ensemble, que Verlaine a écrit son hommage « Gaspard Hauser chante »[1]. Le poète donne sa voix pour la postérité à Gaspard Hauser qui, lorsqu’il arriva à Nuremberg en 1828, ne savait articuler qu’une seule phrase qu’on lui avait apprise ainsi que son nom. Enfant assassiné deux fois, car à la prison de ses dix-sept premières années de solitude totale, de paillasse et d’opium, advint après qu’il ait appris avec d’exceptionnelles dispositions le langage oral et écrit, son meurtre sanglant dans un jardin public, une nuit de 1833.

Dans son texte à la première personne, « je » et « moi » sont confraternels de ce jeune homme massacré au destin duquel on sait toute l’horreur, mais dont en somme on ne sait rien, qu’en termes de négation et de refus:

Riche de mes seuls yeux tranquilles,

Vers les hommes des grandes villes :

Ils ne m'ont pas trouvé malin.


A vingt ans un trouble nouveau,

Sous le nom d'amoureuses flammes,

M'a fait trouver belles les femmes :

Elles ne m'ont pas trouvé beau.


Bien que sans patrie et sans roi

Et très brave ne l'étant guère,

J'ai voulu mourir à la guerre :

La mort n'a pas voulu de moi.(…)



Les hommes, les femmes, enfin la mort glorieuse « ne [l’]ont pas trouvé beau ». Mais les êtres étranges, les vies amputées, trouvent grâce aux yeux du poète Lelian[2], lui-même souvent lui-même bien triste.

En 1828, Louis Bertrand arrive à Paris, et le recueil de ses Bambochades est annoncé dans le Provincial. Louis est pauvre, il a honte de sa toilette et, alors même qu’il a confié dès 1829 son manuscrit à Sainte-Beuve, il l’évite pour cette raison ainsi que Victor Hugo et ses amis. En 1833, l’année du décès de Gaspard Hauser, l’éditeur Renduel accepte et annonce son Gaspard de la Nuit. Il ne sera pas paru à la mort du poète en 1841, lequel se cache dans sa chambre d’hôpital au point de redouter d’être reconnu par son ami le sculpteur David d’Angers.

Oui, il est tentant de rapprocher Gaspard de la Nuit, cette autre «première personne du singulier», en effet si singulière, si seule… invoquée par la poésie de Verlaine. Louis Bertrand lui aussi, est venu de province et « finit » sa courte vie sans la terminer dans l’isolement des amours renoncées et du guignon. Je ne sais pas plus qu’un autre si Gaspard est Gaspard mais à coup sûr, ces deux-là même sans se savoir –or l’étrange histoire de Kaspar Hauser défraie la chronique- se sont rencontrés dans la coïncidence temporelle et poétique même si ce n’est pas dans l’anagramme fort probable « Gaspard de la Nuit »/Louis Bertrand qui partagent autant de lettres communes que « Lelian » et Verlaine : dans les deux cas, avec la majuscule en moins.

Mais « de la Nuit » n’est-il pas un nom, et même davantage qu’un nom ? Il ne s’agit ni plus ni moins d’un titre de noblesse. « (de) la Nuit » est le nom du royaume de Gaspard, le sien propre, et vice versa: celui auquel il appartient, où règnent à la fois ses rêves et sa conscience possédée … Le narrateur de Gaspard vit la nuit, ou ne fait jour que sur cette nuit vécue ; de la même manière pour Gaspard Hauser le jour était la nuit. Une nuit perpétuelle et hantée, la nuit du persécuteur pour l’un, et s’il s’agit d’un double (d'un double obscur dans tous les sens du dictionnaire), la nuit de l’assassin tangible pour le second.

Se peut-il qu’à exactement quarante années d’intervalle un poète disparu (Louis Bertrand) et un autre qui ne l’était pas encore, mais presque (Paul Verlaine), se soient rencontrés dans la troublante gémellarité d’un destin poétique au sens fort : à travers celui d’un «double obscur» de chacun, un tiers: Gaspard Hauser ? Le poème qui donne parole aux absents venge-t-il au-delà de la mort les destins de «maudits», d’«obscurs» ou encore, de «petits» ? Paul Verlaine, qui d’après le récit des derniers mois qu’en fait Jean Teulé[3] donne au lecteur envie de l’achever, Louis Bertrand, phtisique et catalogué par les critiques comme «petit romantique» parce qu’il a dû laisser reposer sa destinée immortelle sur un recueil unique – quelle indécence et quelle présomption s’aligne parfois tranquillement à l’encre des critiques, ces dépositaires de la mémoire !-. Certes, du temps la rencontre poétique n’en a cure. Elle s’arrange des souvenirs, des évocations, des fantômes comme d’une forme de culture. Elle fréquente tous les mondes, et ces derniers le lui rendent bien.

L’encre de Verlaine, comme un manteau bienfaisant, donne des couleurs au grand Oublié de son vivant, le destiné aux oubliettes, comme pauvre Lelian dans la prison où il compose son recueil Sagesse. La retraite contrainte où il se trouve lui inspire, peut-être, cet acte de liberté de la parole accordé à Gaspard qui lui n’est plus vivant, mais, du coup, plus mort vraiment... Liberté absolue du poète en prison qui libère un compagnon de la geôle, de la mort, et de l’oubli. Qui lui redonne une ascendance, et pas des moindres : une ascendance poétique. Je pense également à l’emmaillotement « comme une momie » promis par le nain Scarbo à Gaspard-impression assez forte pour que Louis Bertrand en ait fait un dessin-.

« Et de la crypte ténébreuse de Saint-Bénigne, où je te coucherai debout contre la muraille, tu entendras à loisir les petits enfants pleurer dans les limbes. »

Quels enfants pleurent dans l’univers poétique d’ Aloysius : l’enfant en lui, l’enfant « mort-né », ou encore celui que Françoise Dolto dans sa préface couplé à l’ouvrage sur Kaspar par le juriste qui le recueillit[4]

J’évoquerai enfin la sympathie des poètes symbolistes pour ce Louis Bertrand dont Baudelaire souligne en 1869 l’importance décisive de l’œuvre dans la préface de la première édition du Spleen de Paris, petits poèmes en prose :

«un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, écrit-il à son éditeur Arsène Houssaye, n'a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux? ».

Volontaire, consciente ou simplement poétique –peu importe à la rêverie- la coïncidence d’une rencontre de ces trois êtres incite à supputer que, peut-être, « Gaspard Hauser chante » rend hommage à deux Gaspard, dont le plus réel, venu de nulle part, ne serait pas même né de l’imaginaire d’un artiste

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?

Qu'est-ce que je fais en ce monde?

Ô vous tous, ma peine est profonde :

Priez pour le pauvre Gaspard !

par Marion Pécher.

[1]In Sagesse ,1881
[2]Anagramme de Verlaine.
[3]
Jean Teulé, O Verlaine, Julliard, Paris, 2004
[4]Hanselm von Feuerbach, F. Dolto, Kaspar Hauser, le Petit Mercure, Paris; 2002

Le Gibet, le Cheval mort

Will Eisma est né en Indonésie en 1929. Il a appris dès l’âge de sept ans le violon avec son père, puis un excellent professeur indonésien. L’instrument ne l'a jamais quitté, même lors de son internement dans le camp japonais de Bandoeng pendant la Seconde Guerre mondiale.
En 1946 il est venu vivre aux Pays-Bas où il a poursuivi ses études musicales au Conservatoire de Rotterdam en obtenant son Prix de violon et en étudiant passionnément la composition. Son premier Concerto pour deux violons fut joué à Rome (Concert Hall, Foro Italico), puis à Copenhague, Vienne, enfin Amsterdam.
Will Eisma a expérimenté tous les langages d’écriture contemporaine (dodécaphonisme, musique aléatoire, graphique…). Il a composé également de nombreuses pièces de musique électroacoustique et créé son propre studio « Five Roses » en 1973. Il a également composé pour le gamelan indonésien.
Compositeur prolifique et reconnu, le compositeur et violoniste Will Eisma a obtenu le Prix « Béla Bartok » à Bloomington (USA) en 1958, Le Prix « Visser » des Pays-Bas en 1963, le grand « Prix de musique électronique » de l’ISCM à Rome en 1972 et le « Prix Culturel Gemeente » à Hilversum en 1976
.

Etonnante originalité de Will Eisma dans sa démarche de mise en musique des mots du texte qui s'inscrit a priori dans la tradition de la mélodie. Cette dernière est cependant rendue une référence presque paradoxale, de par la volonté de reléguer la description immédiate des tableaux funèbres que constituent les poèmes choisis: le compositeur abandonne la description inquiète et morbide, expressionniste, au profit d’un parti pris « surréaliste ». Pour Will Eisma en effet, il s’agit par la musique d’explorer une « autre scène » dont les mots seraient issus, et qui féconderait elle-même tout un monde invisible en proposant des textes une lecture nouvelle et prégnante... la suite...


extrait du Gibet :

extrait du Cheval mort :

La lune peignait ses cheveux...


La Lune peignait ses cheveux avec un démêloir d'ébène(1993)

Oeuvre pour guitare acoustique.














Frédéric Kahn a en outre composé une œuvre de musique contemporaine pour guitare seule où il a cherché à épuiser les possibilités sonores de l’instrument sans le détourner cependant de sa fonction d’instrument acoustique: la Lune peignait ses cheveux avec un démêloir d’ébène , première strophe du poème le Fou, du troisième Livre des fantaisies de Gaspard de la nuit. Cette composition sur des motifs constitués par une grande variété de modes de jeux à l’expressivité inattendue utilise les capacités de résonance de l’instrument est avant tout une démarche sonore, antérieure à Ainsi s’acheva le rêve :

« (…) le guitariste est l’interprète d’une musique dont l’écriture s’appuie non seulement sur les structures fondamentales du son (dynamique, timbre, hauteur, durée, intensité, attaque…), mais aussi sur sa poétique, sa force expressive. L’esthétique privilégiée de cette pièce est celle d’une musique sonique, musique des morphologies, qui joue du matériau même du son et de son espace réel et virtuel, d’une musique sculptée : héritage de la démarche expérimentale de la musique concrète et électroacoustique, et transposition dans l’univers instrumental des techniques acousmatiques, de leurs gestes virtuels et de leurs effets inouïs. » (propos recueillis auprès de Frédéric Kahn)

L’extrait de partition ci-dessous, inédit, est très éloquent par rapport à la démarche du compositeur. L’œuvre de Frédéric Kahn montre à quel point les poèmes et l’univers du poète Aloysius Bertrand sont une source d’inspiration inépuisable, y compris dans le sens de la recherche de nouveaux langages.

"Ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte"


Ainsi s’acheva le rêve, ainsi je raconte…(1996)

Oeuvre de musique acousmatique de Frédéric Kahn, avec la voix de Stéphane Castang


Frédéric Kahn est né à Dijon en 1966. Il a étudié la composition acousmatique au Conservatoire de Lyon avec Denis Dufour et Bernard Fort.



Cette musique a été primée au Concours de Projets Musicaux Scènes ouvertes en 1996 . Elle a été réalisée dans les studios du Groupe de Musiques Vivantes de Lyon et créée au Festival des 38e Rugissants de Grenoble. Elle se propose, par morcellement et dans l’idée formelle d’un parcours, en décalage et surimpression d’éléments sonores, de suggérer la même fiction que celle mise en jeu dans le poème d’Aloysius Bertrand.

L' œuvre dure 11 minutes. Onze minutes d’écoute sans support visuel qui puisse parasiter l’imaginaire de l’auditeur en lui désignant la source sonore de ce qu’il perçoit : cette œuvre se propose de recréer grâce au son l’atmosphère du poème «un Rêve» issu du Troisième Livre des fantaisies de Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand.


La musique n’est pas seulement « inspirée » du poème : elle suit son déroulement. On peut d’ailleurs reconnaître, énoncée par une voix modifiée, ralentie, pâteuse -la voix du rêveur ?- les énumérations du texte qui balisent l’écoute. Le poème est ainsi à la fois étiré, et concentré dans la matière sonore. Il semble s’agir d’un rêve de poème. Les éléments sonores d’un romantisme « noir » (bruits de geôles, voix, cris, nature) n’y sont jamais tout à fait saisissables en-dehors de la matière sonore qu’ils composent. Ils suivent le cours du récit flottant et déchiqueté qu’est celui du rêve. Les images du texte s’y greffent dans une surabondance de stimulations qui les évoquent mais ne les fixent jamais.

De ce point de vue le poème est éprouvé en tant que déroulement d’évènements, une temporalité qui joue sur celle de la lecture et de ses approximations dans le cours de l’évènement que constitue le poème, approximations qui jouent la subjectivité de l’auditeur et que seule la mémoire parvient à reconstituer : mémoire flottante dans le réel de la perception, mémoire a posteriori que constitue la possibilité de recréer son rêve : puisqu’un rêve en tant que tel ne sera jamais que la recréation par la mémoire volontaire, d’illusions.


Atmosphère noire que l’auditeur subit, tout comme le rêveur, dont il est imprégné, tout comme le lecteur, par les flashes visuels, qui composent le cours d’une énumération qui n’a d’ordonnée que sa syntaxe. De ce point de vue, l’œuvre de Frédéric Kahn montre combien un Rêve d’Aloysius Bertrand est un poème cinématographique qui se prête à ce traitement acousmatique dont la visée est la visualisation mentale. La définition de cette branche de la création électroacoustique par Denis Dufour et Thomas Brando montre d’ailleurs combien la métaphore visuelle est omniprésente dans sa visée esthétique de la musique acousmatique:


« L'art acousmatique est un art sonore. Les oeuvres qui en sont issues sont des oeuvres de support : elles ne se manifestent que par la lecture du support sur lequel elles sont enregistrées, fixées dans une forme définitive. A la fin des années quarante sur des disques souples, puis sur la bande magnétique des magnétophones et aujourd'hui sur la mémoire des ordinateurs.

« Ce support est au musicien acousmatique ce que la pierre est au sculpteur, la toile au peintre, l'épreuve au photographe, la pellicule au cinéaste. Comme le sculpteur son matériau, il taille dans la matière des sons, il construit, il détourne, souvent. Comme le peintre ses couleurs, il juxtapose, il mélange, il transforme, il compose. Comme le photographe, il saisit, il cadre, il éclaire, il surimprime. Comme le cinéaste enfin, il régit le temps, il crée le mouvement, il monte, il oppose, jouant de la répétition et de l'attente, de la continuité et de la rupture, de la fluidité et du heurt. Comment ? A partir d'un matériau initial : le son, au sens le plus large du terme. A partir de prises de son. Acoustiques, elles peuvent être faites à partir de jeux sur divers instruments choisis pour leur aptitude à "sonner" (des corps sonores), d'univers habités d'événements caractéristiques, de parcours, de gestes ou de séquences jouées à dessein, voire de sons "figuratifs" ou de jeux sur des instruments traditionnels ou "exotiques". Synthétiques, elles peuvent être constituées de sons ou de séquences électroniques jouées au synthétiseur, ou numériques, issues d'une programmation logicielle ou de transformations immédiates d'événements sonores...


« Et que fait le compositeur de ces prises de son accumulées ? Il les classe, et opère sur elles des choix, une répartition, des coupures, puis de multiples transformations dans un studio équipé de nombreux appareils issus de l'évolution technologique de ces dernières décennies. Montage, inversion, mise en boucle, transposition, échantillonnage, compression, gel, réverbération, écho, délai, filtrage, mixage, accumulation, sont autant d'opérations fondamentales dont le principe s'est imposé depuis cinquante ans, à travers une déjà longue pratique et une histoire. Celles-ci permettent désormais aux chimères les plus sophistiquées, aux rêves les plus improbables de prendre forme, à condition que le compositeur ait une idée préalable de l'univers qu'il souhaite créer et faire entendre(…) »


Il est possible de contacter directement Frédéric Kahn pour vous procurer le CD de Ainsi s'acheva le rêve... N'hésitez à découvrir également son site.

Gaspard de la Nuit



Le texte de Gaspard de la Nuit que nous mettons en ligne a été établi à partir de l’édition de Max Milner[1], collationnée avec celle de Jacques Bony[2]
et vérifiée par nos soins sur le fac-similé du manuscrit original conservé à la Bibliothèque Nationale de France (microfilm n° 9141).


I-Repères chronologiques sur l’histoire éditoriale du texte que nous mettons en ligne :

Édité de manière posthume, le recueil de poèmes de Bertrand ne nous est tout d’abord parvenu que par une série d’éditions établies d’après les copies d’un manuscrit autographe malheureusement peu fidèles aux intentions graphiques et poétiques de l’écrivain, avant que ne soit vendu puis acquis par la Bibliothèque Nationale de France, en 1992, un manuscrit original de l’œuvre, rendant ainsi possibles des éditions plus soucieuses de respecter les volontés du poète.


1-Les éditions du XIXe siècle

Les deux tentatives éditoriales de Bertrand ayant échoué (la première chez l’éditeur Sautelet en 1829, la seconde chez Renduel annoncée en 1833 et sans cesse reportée), ce n’est qu’après le décès du poète que Gaspard de la Nuit fut publié.

La première édition date de la fin de l’année 1842[3]
. Elle a été établie à partir d’une copie plus ou moins fautive du manuscrit original déposé par Bertrand chez l’éditeur Renduel[4]
, réalisée par l’épouse de David d’Angers. Quelques mois avant la publication, en septembre 1842, Sainte-Beuve s’est ému « de la médiocre qualité des épreuves, du nombre de fautes, des intercalations qui peuvent "tout brouiller" »[5], ce qui n’empêcha pas l’œuvre de paraître dans une version entachée de fautes, avec une substitution due à Victor Pavie de « L’Écolier de Leyde » au « Capitaine Lazare », jugé « un peu vert pour les premières pages »[6], une transformation de la dernière pièce dédiée « À M. Charles Nodier » en un poème « À M. Sainte-Beuve »[7], et l’absence des dessins que le poète avait souhaité y voir insérés. Le recueil était précédé d’une notice de Sainte-Beuve et suivi de treize « Pièces détachées, extraites du portefeuille de l’auteur », trouvées au moment du décès de Bertrand, mais sans les notes que le poète avait pris soin d’y ajouter, qui ont peut-être, de ce fait, « définitivement disparu »[8].

Victor Pavie a déploré que le livre était invendable pour esquiver la proposition de Mallarmé d’en établir une seconde, enrichie d’une série de tombeaux composés par les plus grands poètes du temps, mais comme l’a montré Lucien Chovet dans son article « La première vogue d’Aloysius Bertrand et du poème en prose dans L’Artiste »[9],
on ne sait pas très exactement quel crédit on doit porter au prétendu désastre éditorial dont Victor Pavie ne cessa de se plaindre, qui ne fut peut-être qu’une « fable »[10].

Toujours est-il que grâce à Auguste Poulet-Malassis, une nouvelle édition « augmentée » vit le jour au début de l’année 1869 chez Pincebourde[11]
« et sans crainte aucune d’un échec commercial »[12], mais malheureusement sans les poèmes à la mémoire de Bertrand dont rêva Mallarmé.


2-Les éditions du XXe siècle antérieures à 1992

En 1925, Bertrand Guégan a publié chez Payot une nouvelle édition de Gaspard de la Nuit, établie sur une copie réalisée par ses soins sur un manuscrit original –peut-être le manuscrit vendu par la sœur de Bertrand à Jules Clarétie[13]. « Plus satisfaisante » que l’édition de 1842, elle reste « entachée de nombreuses erreurs de lecture »[14], mais elle présente l’intérêt d’offrir déjà quelques notes relatives aux aspects génétiques de l’œuvre, par la mention de titres et épigraphes raturés ainsi que quelques variantes.

En 1980, Max Milner offre la première édition critique moderne de Gaspard de la Nuit. Annotée, suivie de « Pièces détachées », d’« Appendices » et d’un Dossier, l’édition est en outre précédée d’une stimulante présentation, qui se propose d’aider le lecteur à pénétrer dans l’œuvre. Max Milner y étudie en effet comment l’œuvre donna naissance au genre du poème en prose par un travail poétique sur les formes, mais aussi sur « les images » correspondant au goût de Bertrand pour l’art graphique et pictural, « les espaces » de la page et du livre que Bertrand explore comme un « émailleur », un « sertisseur » ou un « maître-verrier », les lumières qui traversent le recueil et « en rendent plus mystérieuses les surfaces et les profondeurs », les « durées » qui produisent des effets de téléscopages temporels et participent à la création d’une atmosphère fantastique, les « rêves, sortilèges […] maléfices » et « l’alchimie », qui montrent comment le poète a travaillé sur le « "matériel imaginaire" que lui fournit son époque » et qui révèlent les ombres et hantises de son univers onirique propre. Pour l’établissement du texte, Max Milner ne pouvait toutefois que reprendre le texte de l’édition de Bertrand Guégan.

3-Les éditions du XXe siècle postérieures à 1992

Dans le catalogue de la vente de la bibliothèque de Jacques Guérin qui eut lieu le 20 mai 1992 est décrit un manuscrit de Gaspard de la Nuit, magnifiquement mis en page et calligraphié par Bertrand. Étant donné la valeur exceptionnelle de l’autographe, il a été acquis par la Bibliothèque Nationale de France (qui le conserve sous la cote N.a.f 25260) où il est possible d’en consulter un fac-similé sous la forme d’un microfilm. Le manuscrit permet de connaître les désirs éditoriaux du poète –tant du point de vue de la mise en page que de l’illustration de l’œuvre– et de mieux apprécier son travail de création. Les poèmes présentent en effet de très nombreuses variantes (ratures et ajouts) malheureusement souvent illisibles sur le fac-similé, mais que Jacques Bony est parvenu à déchiffrer, pour plusieurs d’entre elles sur l’original.

Grâce à l’acquisition de ce manuscrit, Helen Hart Poggenburg en 2000, Jean-Luc Steinmetz en 2002, puis Jacques Bony en 2005 ont pu établir de nouvelles éditions du recueil[15], qui offrent de très riches introductions et appareils critiques et permettent de mieux apprécier l’œuvre dont rêva le poète.



II-Nos choix éditoriaux

Nous avons souhaité offrir une édition aussi rigoureuse que possible, mais qui soit destinée à un très large public. Nous avons donc opté pour des principes d’établissement de texte qui soient un compromis entre la première édition critique moderne que fut celle de Max Milner (1980) et la dernière édition scientifique fidèle au manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale de France, élaborée par Jacques Bony et publiée en 2005.

Nous avons pour cela fait le choix d’une orthographe modernisée, sauf dans le cas où la graphie propre à l’auteur avait des enjeux stylistiques (relatifs en particulier à la musicalité du poème) et dans le cas des quelques archaïsmes conservés par Max Milner (« hermitage » ou lieu d’« ermitage » par exemple), que nous avons signalés par des notes. Pour connaître les graphies du poète, ses emplois particuliers de la ponctuation et de l’accentuation, son usage du tiret, du trait d’union, des guillemets ou encore des majuscules, le lecteur peut se reporter à l’édition scientifique de Jacques Bony.

Nous avons également souhaité respecter autant que possible les vœux du poète –exposés notamment dans ses directives à M. le Metteur en page– en ne surchargeant pas les pages de notes critiques : outre les notes de Bertrand, citées en bas de page comme dans son manuscrit et désignées par des astérisques, on ne trouvera donc que quelques rares notes précisant nos choix éditoriaux, désignées par des numéros. Pour l’élucidation de l’origine des épigraphes ou le sens des mots rares ou archaïques non annotés par Bertrand, il est possible de se reporter aux lexiques mis en ligne également sur ce site (« Lexique de Gaspard de la Nuit » et « Lexique des noms propres »).

Pour les mêmes raisons, nous n’avons pas non plus indiqué les variantes issues de versions antérieures au manuscrit ou de ratures déchiffrables. Le lecteur qui en est curieux peut se référer à l’édition scientifique de Jacques Bony ou pourra consulter l’édition génétique du texte qui sera prochainement mise en ligne sur ce site.

N. Ravonneaux.


[1]
Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit,édition présentée et annotée par Max Milner, Paris, Gallimard,« Poésies », 1980.




[2]
Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, édition établie sur le manuscrit original, publiée selon les vœux de l’auteur, présentée et annotée par Jacques Bony,
Paris, Gallimard, 2005.




[3]
Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, avec une notice de Sainte-Beuve, Angers, Victor Pavie, 1842.




[4]
Sur ce point, voir J. Bony, op. cit., présentation, p. 11.




[5] J. Bony, op. cit., p. 13.




[6]
Lettre de Victor Pavie à Sainte-Beuve, 7 avril 1842, cité par J. Bony, op. cit.,
p. 12.




[7]
Sur ce point voir la présentation de J. Bony, op. cit., p. 12




[8] J. Bony, op. cit., p. 13.




[9]
Lucien Chovet, « La première vogue d’Aloysius Bertrand et du poème en prose dans L’Artiste », dans Miscellanées, site de l’Association pour la mémoire d’Aloysius Bertrand, http// : www.lalanguependue.fr., p. 4.




[10]
Ibid.




[11]
Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, édition augmentée, présentée par Charles Asselineau, Paris, Pincebourde, 1868.




[12]
Lucien Chovet, « La première vogue d’Aloysius Bertrand et du poème en prose dans L’Artiste », dans Miscellanées, site de l’Association pour la mémoire d’Aloysius Bertrand, http// : www.lalanguependue.fr., p. 4.




[13]
Sur ce point, voir J. Bony, op. cit., p. 13.




[14] J. Bony, op. cit., p. 13.




[15]
Œuvres complètes, édition établie et annotée par Helen Hart Poggenburg, Paris, Champion, 2000 ; Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, édition établie, présentée et annotée par J.-L. Steinmetz, Paris, Librairie
Générale Française, 2002.


Pièces détachées




Sous le titre Pièces détachées extraites du portefeuille de l’auteur, on désigne un ensemble de treize poèmes, proches par leur forme et leurs thèmes de ceux de Gaspard de la Nuit. Ces textes qui n’étaient pas destinés au recueil tel que Bertrand le concevait à la fin de sa vie, ont été soigneusement réunis à l’hôpital, après le décès du poète, par David d’Angers, qui les a ensuite remis à Victor Pavie. Bien que Sainte-Beuve y ait d’abord été opposé, ils parurent à la suite de l’édition originale de Gaspard de la Nuit.

Après la réalisation de l’édition, les manuscrits furent rendus à la famille de Bertrand par David d’Angers ; ils ont disparu depuis, à l’exception de deux manuscrits du dernier poème (À M. David, statuaire) , datés respectivement de 1838 et 1839.[1]

Nous donnons ici les textes en suivant la leçon de l’édition de J. Bony mais dans une orthographe modernisée.

Les poèmes n’ayant pas été destinés à un projet éditorial précis, nous ne les avons pas numérotés.

Des notes de bas de page, empruntées pour la plupart aux éditions critiques modernes[2], éclairent le sens de quelques termes et l’origine des titres et épigraphes.

N. Ravonneaux

[1] Voir la note de J. Bony dans Bertrand, Gaspard de la Nuit, Paris, GF-Flammarion, 2005, p. 403.

[2] Ces éditions sont celles de Max Milner (Poésies/Gallimard, 1980), de Jean-Luc Steinmetz (Le Livre de poche, 2002) et de J. Bony (GF-Flammarion, 2005)

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