Transfigurer le réel


















Désormais les actes du colloque dijonnais de Décembre 2007: "Aloysius Bertrand, un romantisme Dijonnais", sont disponibles au public. Transfigurer le réel, Aloysius Bertrand et la fantasmagorie dir. Francis Claudon et Maryvonne Perrot, a été publié en octobre dernier par le Centre Gaston Bachelard (Dijon, 2008). Vous pouvez commander l'ouvrage directement en vous adressant à Gael Cloitre. Ce deuxième ouvrage collectif dijonnais poursuit la voie de la reconnaissance au sein de la littérature française, de l'univers aloysien comme l'une de ses étoiles...

la sépulture d'Aloysius Bertrand



Le maintien de la sépulture d'Aloysius Bertrand a été l'objectif premier de l'association, fin 2006. Dans un état de délabrement très avancé comme en témoigne le film réalisé ci-dessous, elle n'était plus aux normes en vigueur. Dans le cas d'Aloysius Bertrand dont la famille est éteinte, le panneau de reprise sur la tombe et le petit encart à l'entrée du cimetière Montparnasse étaient de bien mauvais augure... Des personnes isolées se sont adressées, qui à la Mairie de Dijon, ville aimée par Bertrand "comme l'enfant la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète la jouvencelle qui a initié son coeur", qui auprès du Ministère de la Culture. Nulle restauration envisagée de part et d'autre, mais un rapprochement des deux maires de Paris et Dijon a permis à la sépulture de n'être pas reprise après les deux années règlementaires, et de bénéficier d'un peu de temps après sa retombée dans le domaine public, afin que de permettre à un donateur de la faire remettre en état le cas échéant.





C'est dans un tel contexte que notre association a pu se constituer. Comme le hasard fait parfois bien les choses, une inquiétude légitime devant la désolation du monument, le fait que le nom d'Aloysius Bertrand ne soit pas indiqué sur le panneau des 100 "personnalités les plus importantes" à l'entrée du cimetière Montparnasse et un rêve, ont permis à sa présidente de réunir auprès des diverses administrations: mairies, services des Cimetières, les informations nécessaires relatives à sa situation dont seule désormais attestait la préface de l'édition établie par Jacques Bony en 2005 (qu'elle n'avait pas -encore- lue). Le petit panneau avait en effet été retiré depuis la fin de la période de reprise, conformément à la législation. C'est ainsi que fut décidée, en quelques jours, la création en urgence d'une collecte de fonds sur la base associative, dont la déclaration fut effectuée en Préfecture du Nord le 5 décembre 2006.

Un maximum de personnes ont été alertées: radios, universités, bibliothèques, revues... L' outil internet a été de ce point de vue salvateur, et les informations officielles, encourageantes. La situation à vrai dire était des plus étranges: épineuse, car les aides ne faisaient pas partie des orientations de la politique culturelle actuelle, cependant que le discours était unanimement soucieux que l'issue pût aboutir à une fin heureuse, soit une fin qui ne fût pas catastrophique pour la dernière demeure du poète. De la même manière, nous oscillions entre la misère d'une situation individuelle (celle du poète) et deux notoriétés: littéraire (celle du poète encore) et celle de la partie de la nécropole où il est enterré: la sépulture, vestige du XIXe siècle, se trouve en effet dans la partie classée de Montparnasse. La réfection n'allait pas pouvoir se faire avec du simili-marbre et trois fleurs artificielles... La restauration du monument devait être prévue en pierre et à l'identique, le devis, soumis à l'approbation du Service Central des cimetières parisiens pour obtenir l'autorisation exceptionnelle de travaux.

Les éditeurs de Gaspard de la Nuit n'ont pas souhaité parrainer notre action. L'un d'eux nous parla beaucoup de l'émission radiophonique de l'un de ses collaborateurs prévue pour le bicentenaire de la naissance du poète, collaborateur "qui aimait beaucoup Aloysius Bertrand mais ne participait pas à ces choses-là", à qui par ailleurs il ne nous fut pas permis de nous adresser personnellement. Quant aux éditeurs de musique, où notamment l'oeuvre pianistique éponyme de Ravel existe depuis sa composition en 1908, ils se sont contentés d'un silence respectueux mais néanmoins éloquent. La "culture" , non décidément, ce n'était pas une histoire d 'ossements, de funéraire, de "morbide" (brrr). La "culture", c'était, encore et toujours, "autre chose." Je ne tairai pas non plus la scandaleuse démission d'universitaires qui ont participé à des colloques organisés pour le bicentenaire de la naissance du poète et n'ont cependant pas souhaité participer à la restauration, alors qu'il nous manquait encore 500 €...

Où commence la culture, me demandai-je régulièrement, et où finit la mémoire? Ou finit la mémoire, et où commence l'oubli de qui fut un être de chair et de sang, le déni de son existence au monde? Aloysius Bertrand parti, allait-il devoir à nouveau être délogé du seul lieu où lui restait encore une place tangible?

Ce sont les bonnes volontés de gens de lettres de tous les horizons (universitaires, écrivains, poètes, bibliothécaires, journalistes) mais également des sensibilités non exclusivement littéraires mais de toutes professions, scandalisées que la mémoire puisse ainsi être vandalisée, qui se sont manifestées et mobilisées pour que les aloysiens ossements, "les cendres" comme on les appelle euphémiquement, ne soient pas, ainsi que le prévoient les textes, sortis de leur caveau et "recueillis" (comprendre: entassés, empilés dans un contenant spécifique d'un format à peine plus important que celui d'une boîte à chaussures) pour être placés dans l'ossuaire du cimetière Montparnasse.

La Société des Gens de Lettres de France, grâce à son secrétaire Général M. Jean-Claude Bologne, a organisé pour nous aider sa propre souscription: une somme substantielle a été réunie, qui a servi à compléter les 500 euros qui nous manquaient, d'une part, à permettre d'envisager pour la suite d'autres travaux si besoin en était, d'autre part. Les intérêts de cette somme placée participent à l'entretien annuel de la sépulture (nettoyée et joliment fleurie en septembre). Le marbrier Rébillon, Boulevard Edgar Quinet, a effectué tous les travaux. M.Thienpont a été un interlocuteur franc, compréhensif et efficace, qu'il en soit remercié ici. Le nombre de devis faits, refaits, re-refaits que j'ai retrouvés il y a peu témoigne de sa grande patience, de ses efforts pour effectuer à un coût abordable des travaux de qualité, sous réserves de mauvaises surprises impossibles à prévoir qui, n'en déplaise au guignon, ne furent pas rencontrées. Les membres de notre association se sont mobilisés à nouveau quelques mois après les travaux, à la fin de l'été 2007, pour offrir au poète une digne plaque où figurent désormais son pseudonyme littéraire et ses dates.




Aloysius Bertrand, poète romantique cité par les Célébrations Nationales pour le bicentenaire de sa naissance, n'aura donc pas été exhumé dans le silence et le secret. Cet anniversaire a été pour notre association un heureux hasard qui lui permit de sensibiliser davantage de par sa scandaleuse ironie, et le moyen pour plusieurs passionnés de se rencontrer autour d'une cause qui reflète la multiplicités des enjeux que pose la reconnaissance d'un artiste ou d'un écrivain décédé. D'aucuns, dans le courrier des lecteurs du Magasine Lire notamment, qui avait relayé l'information, se sont indignés: 4000 euros pour un tombe! avec le soutien mielleux d'un rédacteur indifférent, au beau milieu d'une débauche de "nouveautés" qui se bousculent lors de traditionnelle "rentrée littéraire". Notre association, avec les dons de sa petite quarantaine de membres, aurait spolié le budget Santé de l'état...

Pauvre Aloysius Bertrand, qui a tant coûté à la société, sans nul doute eût-il mérité la sépulture de l'âne (nous y reviendrons dans des travaux ultérieurs) ?

Des sites de poètes et passionnés de littératures heureusement n'ont pas partagé cet avis, qui ont diffusé largement notre appel: celui de Florence Trocmé, Poezibao, le site du livre en Nord-Pas-de-Calais Eulalie, celui de Denis Constalès qui propose sa propre version en ligne de Gaspard de la Nuit, en son temps le site de Francis Mizio... Nous avons également pu compter sur la célérité des acteurs territoriaux pour l'obtention rapide de l'autorisation de travaux et du conseil fiable (Marie-Christine Durand, de la mairie de Dijon, Marie-Paule Lelièvre, Conservatrice du Cimetière Montparnasse).

Le pétition pour demander que le poète figure sur le panneau d'entrée du cimetière n'a pu aboutir car la "liste" sur le panneau & les guides est limitée à 100 personnes, de plus une dizaine d'autres associations avaient fait des demandes. D'autre part (et il est intéressant de relever que les responsables des cimetières parisiens eux-mêmes s'en émeuvent) cette liste concerne les personnes les plus "demandées", soient celles pour lesquelles les touristes du monde entier se déplacent, généralement en sachant déjà où elles sont inhumées. Ce sont donc toujours sensiblement les mêmes, et l'ouverture culturelle n'a pas toujours sa place dans cet arbitraire de l'intérêt collectif pour un nom, ou une histoire; les guides, pour reprendre les mots d'une responsable, sont de ce point de vue "mal fichus". Un projet dont le Père Lachaise devrait constituer l'un des sites pilotes est d'ailleurs prévu : il s'agirait de bornes interactives qui permettraient à un nombre plus important de sépultures d'être mentionnées aux yeux du public.


Merci aux personnes, membres de l'association, qui ont permis la restauration de la sépulture:


M. Jean-Michel Barbier, libraire, La Lampe d'Argile, Asnières-sur-Oise; M. Youb Benlahcène, comptable retraité, Lille; M. Pierre Maubé, bibliothécaire, écrivain, Saint-Germain-en-Laye; Mme Nicole Mozet, professeur d'université à Paris VII, Paris; M. Pierre Levis, ingénieur, Caen; M. Jean-Pierre Duthoit, comédien, Loos; M. Eric Angelini, journaliste, Bruxelles; M. Christian Dufour, professeur, écrivain, St-Gence; M. Serge Nève, libraire, Lorgues; M. Christian Immarigeon, amateur de vieux livres, Paris; M. Jean-François Lecompte, écrivain, critique littéraire, Paris; M. Denis Constalès, professeur d'université, Gand; M. Francis Mizio, écrivain, Paris; M. Jean Bonnat, directeur d'hôpital, Epinal; M. Alain Heyvaert, professeur d'université à Lille III, Maubeuge; M. Lucien Chovet, Alfortville; Mme & M. James et Christiane Carpentier-Piskorski, professeur de lettres retraitée, Luxembourg; M. Jacques Bony, professeur d'université, a édité Gaspard de la Nuit chez Flammarion, Saint Mandé; M. Alexandre Jaisson, Paris; M. Max Milner, professeur d'université, a édité Gaspard de la Nuit chez Gallimard, Paris; M. Francis Claudon, professeur d'université, a organisé le colloque dijonnais de décembre 2007, Paris; Mme Marie-Catherine Huet-Brichard, professeur de littérature française du XIXème siècle, Montamat; M. Nicolas Wanlin, professeur de Français et chercheur, a organisé le colloque parisien de Novembre 2007, Paris; M. Jean-Louis Cabanès, professeur de littérature française, Paris; Mme Jeannine Guichardet, professeur de littérature française, Lardy; M. Daniel Sangsue, professeur de littérature française, Neufchâtel (Suisse); Mme Marie-Thérèse Pierson, infirmière puéricultrice, Saint-André-lez-Lille; Mme Lucienne Frappier-Mazur, professeur de littérature française, Philadelphie; M. Pierre Pecher, cheminot retraité, Amiens; M. et Mme Françoise et Marcel Herrgott, passionnés par Aloysius Bertrand et son oeuvre, Toulouse; M. et Mme Anne et Benoît Quennedey, Dijon; Mlle Nathalie Ravonneaux, enseignante en Lettres modernes, Paris; M. Fabrice Agat, étudiant en Lettres modernes, Tonnerre; M. Matthieu Liouville, professeur de littérature, chercheur, Paris; la Société des Gens de Lettres de France , éminente Association littéraire fondée en 1838 pour défendre les auteurs de l'écrit, Paris.


Ont rejoint notre association fin 2007:


Renée et André Moteley, Paris; Yves Blacher, fils de l'artiste Béatrice Appia, Sète; Anne-Marie et Olivier Appia, psychiatre, Mantes-la-Jolie; Emilie Notard, poète et professeur de littérature, Leipzig.


Monsieur Max Milner nous a quittés cet été .


Décembre 2008, la présidente de l'Association










Repères Biographiques

par Lucien Chovet

1807

20 avril : naissance de Jacques Louis Napoléon Bertrand à Ceva, territoire italien occupé par la France.


1815

La famille de Bertrand s'installe à Dijon.


1826

Bertrand est admis à la Société d'études dans sa ville d'adoption : il aura l'occasion d'y donner lecture de nombreux textes, à caractère littéraire ou historique.

Il compose Scène indoustane, son premier poème en prose connu.



1828

Période du Provincial

* 1er mai : premier numéro du Provincial, où Bertrand fera paraître des textes en tout genre : poèmes en vers et en prose, chroniques, essais, échos divers.

* 12 septembre : publication dans Le Provincial de 3 poèmes en prose à titre d'échantillons d'un "recueil de compositions du même genre que l'auteur se propose de publier très prochainement, sous le titre de Bambochades romantiques (Le Provincial, p. 212).

* 30 septembre : dernier numéro du Provincial.

Premier séjour parisien

* Novembre : départ pour Paris, avec le manuscrit des Bambochades prêt ou pratiquement prêt pour l'impression. Bertrand est reçu chez Victor Hugo, Emile Deschamps et Charles Nodier (les 3 dédicataires des Bambochades romantiques publiées dans Le Provincial). A une époque où les relations sociales sont très codées et contraignantes, il y apparaît comme "un échappé de province" (Victor Pavie). Hugo et Sainte-Beuve se montrent sensibles à ses productions.


1829

Première tentative de publication

* Janvier : selon Charles Brugnot, "Sautelet imprime les Bambochades au nombre de 40, ce qui fera un vol. dit-il [Bertrand] de 200 pages et plus avec notes et préfaces. Il m'en envoie deux, l'un dédié [sic] à sa mère, l'autre à moi" (OC, p. 851: voir aussi p. 856, mais certaines interprétations de l'éditrice sont manifestement à revoir). Les 2 textes auxquels il est fait allusion sont La Chaumière (version antérieure à celle de Gaspard de la Nuit) et Les Sylphes (pièce perdue). Le second état connu du recueil (manuscrit de Gaspard de la Nuit de 1836) comportera 53 pièces et 2 préfaces : malheureusement, c'est à peu près le seul élément de comparaison possible entre les 2 états de l'ouvrage. Nous ne connaissons de source sûre que 3 des 40 Bambochades, celles du Provincial.

* Juillet : Sautelet fait faillite, le manuscrit des Bambochades est placé sous séquestre.


1830

Nouvelle période dijonnaise

* Avril : retour de Bertrand à Dijon.

* De mai à décembre : plusieurs textes de Bertrand paraissent dans Le Spectateur.

* Adhésion enthousiaste à la révolution des Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830).


1831

* Février : les positions politiques de Bertrand se radicalisent. Il quitte la rédaction du Spectateur, trop modéré à son goût, et devient rédacteur en chef d'une nouvelle publication, Le Patriote de la Côte-d'Or. Articles virulents, manifestations et polémiques se succèdent. Lors du premier soulèvement des canuts lyonnais, les républicains dijonnais sont empêchés de former des compagnies de volontaires pour se rendre à Lyon.

1832

Poursuite des activités politiques de Bertrand. Les militants républicains s'émeuvent du soulèvement désespéré de Varsovie contre le tsar, ainsi que de la répression sanglante à l'encontre des leurs au cloître Saint-Merry à Paris (5 et 6 juin). Le ton vindicatif des articles de Bertrand ne faiblit pas pour autant : dans une adresse au gérant du Spectateur (le 6 août), il s'en prend aux "Cafards de la Peur", traite le journal de "singe du juste milieu" (partisan de la monarchie de Juillet) et se revendique "prolétaire". Il se bat en duel avec un des rédacteurs-propriétaires du journal. En retour, on le traite de "bousingot" (OC, p. 763) : le mot désignait à l'époque les révolutionnaires républicains, sans les connotations littéraires dont il est affecté désormais.

Au cours de cette période et jusqu'en 1834, il signe ses courriers et se fait appeler par des tiers "Ludovic Bertrand".


1833

Second séjour parisien

* Janvier : Bertrand quitte à nouveau Dijon pour Paris, où sa mère et sa sœur vont bientôt le rejoindre. Ce second séjour sera définitif. Très rapidement, l'éditeur le plus en vue du romantisme (notamment de Nodier, Hugo et Hoffmann), Eugène Renduel, inscrit à son catalogue Caspard de la Nuit, nouveau titre du recueil de Bambochades, par "Louis Bertrand" (catalogue annexé à La Vie de E. T. A. Hoffmann, signalé par Fernand Rude ; voir aussi le catalogue annexé au Balcon de l'Opéra de Joseph d'Ortigue).

* Fin 1833 ou plutôt en 1834 selon Sprietsma, Bertrand forme le projet d'un recueil de vers, La Volupté, signé "L. Bertrand". Deux listes, respectivement de 26 et 20 textes, sont conservées. Les poèmes sont classés en deux parties, mais il s'agit plus d'un aide-mémoire que d'un plan. Le recueil demeurera à l'état de chantier, les poésies écrites ultérieurement ne s'inscrivant plus dans ce cadre.


1834

Les catalogues d'Eugène Renduel mentionnent à nouveau comme sous presse Gaspard de la Nuit par "Louis Bertrand" (forme nouvelle du titre, voir notamment les catalogues annexés aux Intimes de Michel Raymond et aux Etudes sur la science sociale de Jules Le chevalier, liste non exhaustive).

S'il arrive à Bertrand de signer "Ludovic Bertrand" certains de ces textes (c'est le cas pour 4 publications en revue, de 1831 à 1833), en revanche, toutes les annonces de son œuvre maîtresse font invariablement apparaître son vrai prénom.

Correspondance amoureuse avec une certaine Célestine, qu'il signe "Ludovic".


1835

* Bertrand rédige une page de titre pour son recueil, datée de 1835 : "Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot par Caspard de la Nuit" (fac-similé, OC, p. 581: la lecture "Caspard" est probable, sans être absolument certaine).


1836

Remise du manuscrit à Renduel

* Mai : David d'Angers écrit à Victor Pavie qu'il a vu Bertrand. Il l'informe que Renduel a remis la publication du recueil à plus tard, la saison n'étant pas bonne.

* Bertrand fait figurer l'adresse de Renduel sur un dessin daté de 1836, représentant un personnage qu'il identifie à Maribas, figure de Départ pour le sabbat, dans un autre dessin signé "Ludovic Bertrand" (reproductions in OC, p. 564-5).

* Projet de contrat avec Renduel : l'ouvrage de Bertrand serait publié à 800 exemplaires, dont 500 sous le titre Gaspard de la Nuit et 300 sous le titre Keepsake fantastique.

* Bertrand date du 20 septembre le poème dédicatoire initial à Victor Hugo, il redate de la même façon le poème dédicatoire final à Charles Nodier. La page de titre du manuscrit connaît une nouvelle rédaction : "Gaspard de la Nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot par Louis Bertrand". Bertrand est désormais dessaisi de son manuscrit. Ce qu'il est convenu d'appeler les Pièces détachées sont, pour partie, des pièces écartées du recueil, pour une autre partie, des pièces postérieures.


1837

* Le directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin refuse le drame-ballade Daniel.

* Une version de Ma Chaumière paraît dans le keepsake Couronne littéraire, signée "Bertrand (Aloysius) de Dijon" (signalée par J.-L. Steinmetz). C'est la première apparition de cette nouvelle déclinaison du prénom Louis, et c'est la seule qui soit associée publiquement à un texte de Bertrand.

* 18 septembre : Bertrand écrit à David d'Angers que son Gaspard de la Nuit "attend le bon vouloir d'Eugène Renduel pour paraître enfin cet automne."

* 4 octobre : Antoine de Latour incite Bertrand à plus de prudence : "Je me disais aussi que ton livre allait paraître dans un moment de réaction et que par cette raison, il fallait prendre doublement garde aux témérités du fond et de la forme" (OC, p. 902-3).


1838

Les années d'hôpital

* Janvier : l'orientaliste Théodore Pavie propose à David d'Angers l'impression du recueil par son frère Victor Pavie, Renduel ne voulant plus se charger du livre.

* Septembre : Bertrand, qui souffre de phtisie, entre à l'hôpital Notre-Dame de la Pitié sous le nom de "Bertrand, Jacques Aloysius" (OC, p. 65).

* Il date de 1838 une des versions du poème dédicatoire à David d'Angers, une autre version est datée de 1839 : si Bertrand avait survécu et avait pu remanier son recueil, ce texte se serait-il substitué à celui-là même qui est dédié à Nodier ?


1839

Un dessin, daté de 1839, est signé "AL.s B.D" (reproduit par Jules Marsan, Bohême romantique, 1929).

Bertrand entre à l'hôpital Saint-Antoine sous le nom de "Jacques-Ludovic Bertrand, étudiant" (OC, p. 66). C'est la dernière apparition connue du pseudonyme "Ludovic".


1840

* Bertrand signe un des 2 manuscrits d'Une autre vie (vers faits dans un cimetière) "Aloysius Bertrand". Le Lac est signé "Aloyss. Bertrd". Les 2 manuscrits du Démon de la Forêt-Noire sont signés, l'un "Aloyss. Bertrd", l'autre "Aloysius Bertrand". Enfin, 2 dessins, également datés de 1840, sont signés "Aloysius Bertrand" (collection Buffetaud, OC, p. 580). Le relevé ci-dessus des occurrences du pseudonyme "Aloysius" est, à dessein, exhaustif : si son emploi se concentre sur les dernières années, d'un autre côté il est nettement moins fréquent que "Ludovic" et, contrairement à ce dernier, n'est jamais employé par de tierces personnes ; enfin, il n'est jamais associé aux grandes œuvres de Bertrand.

* Bertrand date du 5 octobre le sonnet A Monsieur Eugène Renduel, invitant l'éditeur (qui a en fait abandonné la profession) à tenir ses engagements : le recueil est en effet annoncé depuis 1833…


1841

* 11 mars : Bertrand entre à l'hôpital Necker sous le nom de "Jacob Louis Napoléon Bertrand, étudiant" (OC, p. 67). "Jacob" est la troisième déclinaison des prénoms de Bertrand.

* 20 mars : Sainte-Beuve plaide la cause de Bertrand auprès de Renduel : "David, le statuaire, qui s'intéresse à lui, voudrait ravoir le manuscrit" pour publication par Victor Pavie à Angers (OC, p. 906).

* Mars et avril : importante correspondance avec David d'Angers, signée "L. Bertrand". La dernière lettre, à un mois de la mort, a valeur testamentaire : "Je suis dans une crise que je crois la dernière" ; il se plaint des changements dans son manuscrit que lui imposait Renduel, mais s'abstient de commenter les retranchements que demande le nouvel éditeur, Victor Pavie : le rapprochement n'est sans doute pas fortuit. Il estime que le manuscrit "a besoin d'être réduit au tiers" et que la première préface au moins doit être entièrement supprimée. Faute d'un ouvrage conforme à ses vœux, il craint de "mourir tout entier" (OC, p. 912).

* 29 avril : mort de Bertrand. Sollicitée par David d'Angers, la famille (mère, sœur et frères) ne participera pas aux obsèques le lendemain ; David d'Angers sera seul à suivre le corbillard. Quelques semaines plus tard, David rachète à Renduel le manuscrit de Gaspard de la Nuit. La vie posthume de Bertrand commence.


Note : la biographie de Cargill Sprietsma, Louis Bertrand (1807-1841) dit Aloysius Bertrand, qui date de 1926, a vieilli. Pour les activités politiques de Bertrand en particulier, qui invitent à mettre en question toute une imagerie stéréotypée, il est indispensable de la compléter avec le premier chapitre de l'excellent essai de l'historien du mouvement social Fernand Rude (Aloysius Bertrand, Seghers, coll. Poètes d'aujourd'hui, 1971) et la riche chronologie d'Helen Hart Poggenburg (Œuvres complètes, Champion, 2000).

Choix bibliographiques


Lucien Chovet vous propose:

1. un choix bibliographique des versions existantes de Gaspard de la Nuit

2. une Bibliographie en ligne (sites Gallica & Gallica2 de la Bnf)



Exposition à la bibliothèque municipale d'Angers



A l'initiative de Jacques Bony la Bibliothèque municipale d'Angers organise, sous la direction de Monsieur Gautier son conservateur, une exposition autour de la première édition de 1842 de Gaspard de la Nuit par David d'Angers et Victor Pavie.

Cette exposition intitulée "Gaspard de la Nuit, un coup de coeur littéraire de David d'Angers" se tiendra du mardi 11 septembre au samedi 20 octobre 2007 à la Bibliothèque municipale, et se clôturera sur des lectures et une interprétation de Maurice Ravel au piano.

Les dix-sept dessins originaux d'Aloysius Bertrand y seront présentés, restaurés pour l'occasion. S'y trouveront également des lettres de David d'Angers, Sainte-Beuve, Victor Pavie, Louis Boulanger et Emile Deschamps relatives à la première édition, récemment entrées dans les collections de la Bibliothèque municipale d'Angers par donation de la famille Pavie. Les différentes éditions de Gaspard de la Nuit depuis 165 ans seront également exposées, avec une attention particulière à leur illustration.

Horaires d'ouverture:
mardi & mercredi: de 9h30 à 18h30
jeudi & vendredi: de 12h30 à 18h30
samedi: de 9h30 à 17h30
Visites guidées tous les samedis à 14h30 et le dimanche 16 Septembre à 14h,15h,16h,17h.
Accès libre/Accès facile pour les personnes handicapées

Bibliothèque municipale d'Angers, 49 rue Toussaint 49100 Angers.
02.41.24.25.50

Aloysius Bertrand, un romantisme dijonnais



Colloque international, Dijon, 7-8 décembre 2007

Université de Bourgogne, université de Paris XII, Académie des Sciences, arts et Belles-Lettres de Dijon, UMR 5605 Centre Georges Chevrier, Centre Gaston Bachelard


Problématique du colloque, objectifs scientifiques et valorisation:


Ce colloque est organisé conjointement par deux centres de recherches universitaires et une société savante à l'occasion du deuxième centenaire de la naissance d'Aloysius Bertrand, écrivain romantique indissolublement lié à Dijon et fondateur, dans Gaspard de la Nuit, du poème en prose de langue française.

Ce colloque s'inscrit dans le cadre des manifestations patronnées par la Délégation aux Commémorations nationales.

Il n'est certainement pas le seul en France sur le sujet, mais il est peut-être le seul à continuer une action et une tradition patrimoniales.

En effet A. Bertrand, s'il n'est pas né à Dijon, s'y est fixé dès son enfance, à l'occasion de l'établissement de son père, officier dans l'armée napoléonienne.

A. Bertrand a fait ses études à Dijon, a contribué à fonder plusieurs cercles intellectuels locaux (par exemple la "Société des Etudes", où il collabore avec Lacordaire) ; il y a dirigé des journaux (par exemple le "Patriote de la Côte d'Or"), il y a conçu des mélodrames destinés au théâtre local.

Bertrand a surtout fondé un mythe littéraire de Dijon, qu'on trouve dans Gaspard de la Nuit, recueil emblématique du poème en prose, abondamment inspiré des peintres et graveurs (Van Laert, Rembrandt, Callot) et du Romantisme allemand (Hoffmann) ; puis le volume est devenu célèbre grâce à la mise en musique de Ravel, qui porte le même titre et chante tout particulièrement deux personnages fantastiques : Ondine et Scarbo. Justement ces deux figures incarnent l'élément liquide (pour Ondine), l'élément fulgurant (pour Scarbo), c'est-à-dire deux catégories qui ont retenu l'attention, comme on sait, de Gaston Bachelard, philosophe bourguignon, et aussi, sans conteste, de son disciple : Gilbert Durand, au titre des structures fondamentales de l'Imaginaire.

C'est dire que Bertrand peut et doit entrer dans les préoccupations du Centre Bachelard de l'Université de Bourgogne. Mais Bertrand concerne tout autant le Centre d'Étude des Poétiques de l'Université Paris 12-Val de Marne.

En 1991 l'Université de Bourgogne avait déjà célébré, avec ses seules et simples forces, A. Bertrand, en un volume intitulé Les Diableries de la Nuit (Editions Universitaires Dijonnaises). On y trouvait bien des noms et des maîtres d'œuvre qui veulent à présent enrichir la formule, à commencer par les directeurs du Centre Bachelard de l'époque (Maryvonne Perrot et Jean Jacques Wunenburger) et par Francis Claudon (responsable actuel du Centre d'Étude des Poétiques de Paris 12-Val de Marne).

L'objectif est triple: - proposer une lecture systématique, bachelardienne et durandienne, de l'ensemble de l'œuvre de Bertrand ; - à cet effet considérer bien sûr Gaspard de la Nuit, mais aussi le théâtre de Bertrand, ses pièces de vers (qui sont justement de belles illustrations d'un romantisme dijonnais intime et délicat), les pièces en prose, non publiées dans le fameux recueil, si vantés par Sainte-Beuve ou par Victor Hugo ; - atteindre cet objectif avec des moyens et des chercheurs qui tous ont, on eu, continuent d'avoir, un lien avec les institutions intellectuelles, culturelles et savantes dijonnaises, parmi lesquelles il y a évidemment l'Académie.


Comité scientifique Maryvonne Perrot, Université de Bourgogne - Francis Claudon, Université Paris 12-Val de Marne - Jean Ferrari, Académie de Dijon - Michel Erman, Université de Bourgogne - Pierre Guenancia, Université de Bourgogne.

Pierre Maubé




Louis Bertrand meurt. Il a trente-quatre ans depuis quelques jours. Il est dans un des lits de la salle commune de l’hôpital Necker. La tuberculose a eu raison de lui, il crache du sang, il s’étouffe, il meurt.

29 avril 1841.

Un jour quelconque. Certains vivent, d’autres meurent. On ne sait pas soigner la tuberculose à cette époque, on ne sait pas soigner grand-chose, on donne de l’opium aux malades, certains guérissent, d’autres pas.

Louis Bertrand a tout raté. Il se le répète depuis longtemps, c’est peut-être pour ça qu’il ne lutte plus contre son mal, à quoi bon, pour qui, pour quoi ?

Son manuscrit a été refusé par tous les éditeurs de Paris, par toutes les revues de France. Hugo, Nodier, Sainte-Beuve lui ont écrit quelques lettres gentilles, lui ont dit quelques mots distraits.

Il ne sait pas que son livre sera publié l’année prochaine. Il ne sait pas qu’il a donné naissance à un genre. Il ne sait pas que Baudelaire, Mallarmé, Reverdy, Max Jacob, Breton le salueront comme leur maître, leur inspirateur. Il ne sait pas que ce pseudonyme vaguement médiéval, griffonné au dos de l’un de ses poèmes, symbolise à jamais un état de la langue française, un moment éphémère, éternel, une forme, un équilibre que l’on disait jusqu’alors impossible entre le poème et la prose.

Aloysius Bertrand meurt vaincu, triomphant, ignorant tout de lui, de sa vie, de sa mort. Pareil en cela à n’importe lequel d’entre nous.




Pierre Maubé

Emilie Notard



La pendue
À Aloysius Bertrand



J’étais montée en haut de l’arbre et y avais attendu que le ciel se drape de noir.

Puis je jetai ma vie dans le vide, pendue à une étoile. Et mon corps se balançait aux grincements de la corde.

Mais la faux argentée de la lune coupa ce cordon ombilical qui me reliait à celle qui nourrissait mon art.

Alors je tombai dans un étang d’encre, un étrange collier au cou. Et mon cadavre s’emmêlait dans un goémon de phrases.

À la surface, l’arbre mort de n’avoir pu se mirer en ces eaux gluantes s’était penché pour recueillir la noyée qui avait voulu se pendre.

Au réveil, j’hurlai en silence des mots invisibles.



Emilie Notard
Leipzig, le 15.02.2004


Encore un printemps



Colloque pour le bicentenaire de la naissance
d’Aloysius Bertrand: 1807-2007
ENS / Paris-Sorbonne, 23-24 novembre 2007

Colloque organisé avec le soutien du Ministère de la culture (Délégation aux célébrations nationales), du Centre de recherche sur la littérature du XIXe siècle de l'université Paris-Sorbonne et du département Littérature et Langages de l'Ecole normale supérieure.


Vendredi 23 novembre


École normale supérieure, salle Jules Ferry (29, rue d’Ulm)


Écrire Gaspard de la Nuit (poétique I)

9h40 Jacques Bony, « Le(s) manuscrit(s) de Gaspard de la Nuit... »
10h10 Jean-Luc Steinmetz, « Bertrand et Cie : “Les Chroniques” »
10h40 Pause
11h00 Matthieu Liouville, « La poésie des voix dans Gaspard de la Nuit : vers le poème conversation »
11h30 Gisèle Vanhese, « Rhétorique profonde et magie de l'image dans Gaspard de la Nuit »

Écrire Gaspard de la Nuit (poétique II)

14h00 Michel Murat, « La mutation d’un genre »
14h30 Jacques Dürrenmatt, « Ponctuation de phrase et de texte dans Gaspard de la Nuit »
15h00 Carla van den Bergh, « Verset ou couplet dans Gaspard de la nuit ? La Ballade comme modèle du premier poème en prose ? »
15h30 Pause
15h50 Dominique Millet-Gérard, « Géométrie et finesse : l’exemple du “Raffiné” »
16h20 Gérard Dessons, « La manière d’Aloysius Bertrand » (intitulé provisoire)


Samedi 24 novembre

Maison de la recherche Paris-Sorbonne (28, rue Serpente)


Publier Gaspard de la Nuit (poétique I)

9h15 Accueil et café
9h30 Marie-Catherine Huet-Brichard, « Le texte liminaire, une symphonie ironique »
10h00 Jean-Pierre Bertrand, « Le poème en prose : une affaire de support »
10h30 Pause
10h50 Luc Bonenfant, « Dépasser Hugo. Les épigraphes de Gaspard de la Nuit »
11h20 Lise Sabourin, « De Gaspard à ses illustrations »


Publier Gaspard de la Nuit (poétique II)

14h00 Mélanie Leroy-Terquem, « Bertrand, un "petit romantique" ? »
14h30 Sabine Ricote, « La clef des songes. Lecture ethnocritique de “Un Rêve” »
15h00 Pause
15h20 Nathalie Vincent-Munnia, « Gaspard de la Nuit : galvaniser le réel, envisager l’art comme fantaisie(s) »
15h50 Françoise Sylvos, « Les figures de l’artiste dans Gaspard de la Nuit »
16h20 Nicolas Wanlin, « “L’école flamande” : une poétique de l’histoire »

Organisation: Jacques Bony et Nicolas Wanlin
Comité scientifique: André Guyaux, Michel Murat et Georges Molinié

Oeuvre de Béatrice Appia

Gaspard de la Nuit, aquarelles de Béatrice Appia (1899-1998)



Portrait de l'artiste par son fils Yves Blacher

"Ma mère, artiste peintre graveur de son métier, excellente dessinatrice douée d’une imagination débordante, a inventé le style “imaginaire“ et l’a appliqué avec plus ou moins de fantaisie dans la plupart de ses travaux. D’ailleurs, elle a dit maintes fois avec fierté : « Je suis une imagière, j’aime beaucoup ce que je fais», ce qui explique bon nombre de ses dessins colorés à l’aquarelle ou non, remarquables par leur beauté et leur variété sur des sujets divers. Elle tirait ses dessins de souvenirs vécus ou bien en s’inspirant d’une quelconque œuvre littéraire lue auparavant. J’ai ainsi comptabilisé d’elle :
  • des dessins pleine page dans 34 histoires diverses
  • des bandes dessinées dans 5 albums
  • plusieurs dessins dans 2 livres

D’ailleurs, son imaginaire ne s’arrête pas là, elle a peint 135 tableaux à l’huile, quelques gouaches et reproduit par gravure sur métal 35 dessins à elle dans ce style.

En tant que fils, j’ai souvent observé dans mon enfance comment ma mère faisait son travail au dessin. C’était généralement à notre domicile parisien du 7ème arrondissement qu’elle l’exécutait sur une grande table de salle à manger quand elle n’avait pas le temps d’aller peindre un tableau à l’huile à son atelier parisien de peinture d’art distant de plusieurs kilomètres. Elle commençait toujours au crayon graphite à mine tendre sur papier dessin blanc à grain fin, exécutant un tracé rapide et sûr quelles que soient les formes et sans jamais hésiter. Elle gommait parfois pour ensuite appliquer une certaine harmonie de formes dans l’ensemble de son œuvre. Quand elle le pensait nécessaire, elle ajoutait un monologue à petits caractères majuscules à côté d’un dessin, jamais sous forme de bulles. Quand elle trouvait que le dessin global lui allait bien, elle complétait son travail à l’encre de chine au moyen d’une fine plume en acier. Une fois l’encre sèche, elle gommait pour faire disparaître les traits précédemment tracés au crayon puis, quand elle le désirait, elle finissait en colorant à l’aquarelle avec un pinceau de grosseur moyenne à soies fines, de préférence à la lumière du jour, rarement à celle d’une lampe électrique, choisissant et mélangeant ses couleurs sans jamais se tromper. Elle avait une préférence pour les couleurs vives et suffisamment voyantes. De cette façon, elle était sûre que ses dessins, colorés ou non, ne s’effaceraient jamais avec le temps.

J’ai dans ma collection personnelle de très nombreux dessins qu’elle a exécutés à différents moments de sa vie."

Octobre 2007.

Les aquarelles de Gaspard de la Nuit (59 Planches) sont ont été données par l'artiste à la Bnf (Richelieu- estampes&photographies- magasin). Elles y sont conservées sous la côte TB-918-PET-FOL avec d'autres illustrations de l'artiste.

Béatrice Appia, Exposition permanente



En ce début d'année 2009, l'association vous propose, entre autres choses, une exposition permanente de l'oeuvre de Béatrice Appia d'après les copies conservées par son fils et ayant-droit Yves Blacher de cette transposition picturale très particulière de Gaspard de la Nuit: qui ne tient pas de l'illustration à proprement parler, et cependant entretient avec le texte une relation nécessaire, demande à être "relue" à la lumière de ce dernier. M. Yves Blacher nous a octroyé les droits de reproduction ( à une échelle et des paramètres de reproduction qui protègent l'oeuvre de copies illicites).

Nous avons pris donc la décision de faire connaître sur le long cours, au fur et à mesure du travail de présentation souhaité, cette oeuvre belle et stimulante pour le lecteur critique de Gaspard sur notre site. Cette idée a fait suite, d'une part, à la difficulté de faire connaître ces dessins à l'inventivité remarquable, dont un original est conservé à la Bnf et pour laquelle il semble difficile de trouver un éditeur papier d'après l'appel infructueux lancé par lalanguependue il y a un an. Mais surtout, notre démarche est motivée par une promesse non encore honorée par manque de temps, promesse qui a pourtant scellé le "pacte" entre la présidente de l'association et le fils de l'artiste: soit celui de commenter la relation qu'entretiennent les dessins et le texte lui-même, en tentant d'identifier et de mettre en mots une lecture en images de Gaspard de la Nuit par Béatrice Appia.

Aucune visée critique, aucun questionnement esthétique particulier de notre part concernant ce travail, donc, même si ce dernier peut poser question à qui s'intéresse à cet aspect qu'est la transposition et la mise en images d'une oeuvre littéraire (dimensions qui ne peuvent et ne pourront jamais sans doute être épuisées) . Il s'agit plutôt de la joie de tenir notre promesse avec une visée ludique: celle d'analyser de quelle manière les poèmes, dont les images se sont inspirées, ont été mis en peinture & sur deux dimensions par une artiste qui se revendiquait "imagière". La revendication de Béatrcie Appia d'être une "imagière" sous-tend une volonté certaine de précision dans son approche artistique (à l'heure ou Gaspard de la Nuit est souvent pour les artistes un point de départ-mais non d'ancrage-) et une relative fidélité au texte. Nous verrons néanmoins que l'artiste ne censurait en aucune manière les fantaisies que lui insufflait son propre imaginaire.

Les images et le travail proposé sur ces images ne sauraient être reproduites, les documents n'être utilisés que pour un usage privé exclusivement.


Page n°1: Page de titre
Page n°2: A Dijon disjeûnons... et que moult te tarde
Page n°3: Conclusions de Gaspard et de Aloysius (...)
Planche de dessins n°1




Trois noms de Gaspard

portrait de Gaspard Hauser par Johann Friedrich Carl Kreul (1830)



C’est en hommage à Gaspard Hauser, à la naissance, l’enfance et le destin obscurs tout ensemble, que Verlaine a écrit son hommage « Gaspard Hauser chante »[1]. Le poète donne sa voix pour la postérité à Gaspard Hauser qui, lorsqu’il arriva à Nuremberg en 1828, ne savait articuler qu’une seule phrase qu’on lui avait apprise ainsi que son nom. Enfant assassiné deux fois, car à la prison de ses dix-sept premières années de solitude totale, de paillasse et d’opium, advint après qu’il ait appris avec d’exceptionnelles dispositions le langage oral et écrit, son meurtre sanglant dans un jardin public, une nuit de 1833.

Dans son texte à la première personne, « je » et « moi » sont confraternels de ce jeune homme massacré au destin duquel on sait toute l’horreur, mais dont en somme on ne sait rien, qu’en termes de négation et de refus:

Riche de mes seuls yeux tranquilles,

Vers les hommes des grandes villes :

Ils ne m'ont pas trouvé malin.


A vingt ans un trouble nouveau,

Sous le nom d'amoureuses flammes,

M'a fait trouver belles les femmes :

Elles ne m'ont pas trouvé beau.


Bien que sans patrie et sans roi

Et très brave ne l'étant guère,

J'ai voulu mourir à la guerre :

La mort n'a pas voulu de moi.(…)



Les hommes, les femmes, enfin la mort glorieuse « ne [l’]ont pas trouvé beau ». Mais les êtres étranges, les vies amputées, trouvent grâce aux yeux du poète Lelian[2], lui-même souvent lui-même bien triste.

En 1828, Louis Bertrand arrive à Paris, et le recueil de ses Bambochades est annoncé dans le Provincial. Louis est pauvre, il a honte de sa toilette et, alors même qu’il a confié dès 1829 son manuscrit à Sainte-Beuve, il l’évite pour cette raison ainsi que Victor Hugo et ses amis. En 1833, l’année du décès de Gaspard Hauser, l’éditeur Renduel accepte et annonce son Gaspard de la Nuit. Il ne sera pas paru à la mort du poète en 1841, lequel se cache dans sa chambre d’hôpital au point de redouter d’être reconnu par son ami le sculpteur David d’Angers.

Oui, il est tentant de rapprocher Gaspard de la Nuit, cette autre «première personne du singulier», en effet si singulière, si seule… invoquée par la poésie de Verlaine. Louis Bertrand lui aussi, est venu de province et « finit » sa courte vie sans la terminer dans l’isolement des amours renoncées et du guignon. Je ne sais pas plus qu’un autre si Gaspard est Gaspard mais à coup sûr, ces deux-là même sans se savoir –or l’étrange histoire de Kaspar Hauser défraie la chronique- se sont rencontrés dans la coïncidence temporelle et poétique même si ce n’est pas dans l’anagramme fort probable « Gaspard de la Nuit »/Louis Bertrand qui partagent autant de lettres communes que « Lelian » et Verlaine : dans les deux cas, avec la majuscule en moins.

Mais « de la Nuit » n’est-il pas un nom, et même davantage qu’un nom ? Il ne s’agit ni plus ni moins d’un titre de noblesse. « (de) la Nuit » est le nom du royaume de Gaspard, le sien propre, et vice versa: celui auquel il appartient, où règnent à la fois ses rêves et sa conscience possédée … Le narrateur de Gaspard vit la nuit, ou ne fait jour que sur cette nuit vécue ; de la même manière pour Gaspard Hauser le jour était la nuit. Une nuit perpétuelle et hantée, la nuit du persécuteur pour l’un, et s’il s’agit d’un double (d'un double obscur dans tous les sens du dictionnaire), la nuit de l’assassin tangible pour le second.

Se peut-il qu’à exactement quarante années d’intervalle un poète disparu (Louis Bertrand) et un autre qui ne l’était pas encore, mais presque (Paul Verlaine), se soient rencontrés dans la troublante gémellarité d’un destin poétique au sens fort : à travers celui d’un «double obscur» de chacun, un tiers: Gaspard Hauser ? Le poème qui donne parole aux absents venge-t-il au-delà de la mort les destins de «maudits», d’«obscurs» ou encore, de «petits» ? Paul Verlaine, qui d’après le récit des derniers mois qu’en fait Jean Teulé[3] donne au lecteur envie de l’achever, Louis Bertrand, phtisique et catalogué par les critiques comme «petit romantique» parce qu’il a dû laisser reposer sa destinée immortelle sur un recueil unique – quelle indécence et quelle présomption s’aligne parfois tranquillement à l’encre des critiques, ces dépositaires de la mémoire !-. Certes, du temps la rencontre poétique n’en a cure. Elle s’arrange des souvenirs, des évocations, des fantômes comme d’une forme de culture. Elle fréquente tous les mondes, et ces derniers le lui rendent bien.

L’encre de Verlaine, comme un manteau bienfaisant, donne des couleurs au grand Oublié de son vivant, le destiné aux oubliettes, comme pauvre Lelian dans la prison où il compose son recueil Sagesse. La retraite contrainte où il se trouve lui inspire, peut-être, cet acte de liberté de la parole accordé à Gaspard qui lui n’est plus vivant, mais, du coup, plus mort vraiment... Liberté absolue du poète en prison qui libère un compagnon de la geôle, de la mort, et de l’oubli. Qui lui redonne une ascendance, et pas des moindres : une ascendance poétique. Je pense également à l’emmaillotement « comme une momie » promis par le nain Scarbo à Gaspard-impression assez forte pour que Louis Bertrand en ait fait un dessin-.

« Et de la crypte ténébreuse de Saint-Bénigne, où je te coucherai debout contre la muraille, tu entendras à loisir les petits enfants pleurer dans les limbes. »

Quels enfants pleurent dans l’univers poétique d’ Aloysius : l’enfant en lui, l’enfant « mort-né », ou encore celui que Françoise Dolto dans sa préface couplé à l’ouvrage sur Kaspar par le juriste qui le recueillit[4]

J’évoquerai enfin la sympathie des poètes symbolistes pour ce Louis Bertrand dont Baudelaire souligne en 1869 l’importance décisive de l’œuvre dans la préface de la première édition du Spleen de Paris, petits poèmes en prose :

«un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, écrit-il à son éditeur Arsène Houssaye, n'a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux? ».

Volontaire, consciente ou simplement poétique –peu importe à la rêverie- la coïncidence d’une rencontre de ces trois êtres incite à supputer que, peut-être, « Gaspard Hauser chante » rend hommage à deux Gaspard, dont le plus réel, venu de nulle part, ne serait pas même né de l’imaginaire d’un artiste

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?

Qu'est-ce que je fais en ce monde?

Ô vous tous, ma peine est profonde :

Priez pour le pauvre Gaspard !

par Marion Pécher.

[1]In Sagesse ,1881
[2]Anagramme de Verlaine.
[3]
Jean Teulé, O Verlaine, Julliard, Paris, 2004
[4]Hanselm von Feuerbach, F. Dolto, Kaspar Hauser, le Petit Mercure, Paris; 2002

Le Gibet, le Cheval mort

Will Eisma est né en Indonésie en 1929. Il a appris dès l’âge de sept ans le violon avec son père, puis un excellent professeur indonésien. L’instrument ne l'a jamais quitté, même lors de son internement dans le camp japonais de Bandoeng pendant la Seconde Guerre mondiale.
En 1946 il est venu vivre aux Pays-Bas où il a poursuivi ses études musicales au Conservatoire de Rotterdam en obtenant son Prix de violon et en étudiant passionnément la composition. Son premier Concerto pour deux violons fut joué à Rome (Concert Hall, Foro Italico), puis à Copenhague, Vienne, enfin Amsterdam.
Will Eisma a expérimenté tous les langages d’écriture contemporaine (dodécaphonisme, musique aléatoire, graphique…). Il a composé également de nombreuses pièces de musique électroacoustique et créé son propre studio « Five Roses » en 1973. Il a également composé pour le gamelan indonésien.
Compositeur prolifique et reconnu, le compositeur et violoniste Will Eisma a obtenu le Prix « Béla Bartok » à Bloomington (USA) en 1958, Le Prix « Visser » des Pays-Bas en 1963, le grand « Prix de musique électronique » de l’ISCM à Rome en 1972 et le « Prix Culturel Gemeente » à Hilversum en 1976
.

Etonnante originalité de Will Eisma dans sa démarche de mise en musique des mots du texte qui s'inscrit a priori dans la tradition de la mélodie. Cette dernière est cependant rendue une référence presque paradoxale, de par la volonté de reléguer la description immédiate des tableaux funèbres que constituent les poèmes choisis: le compositeur abandonne la description inquiète et morbide, expressionniste, au profit d’un parti pris « surréaliste ». Pour Will Eisma en effet, il s’agit par la musique d’explorer une « autre scène » dont les mots seraient issus, et qui féconderait elle-même tout un monde invisible en proposant des textes une lecture nouvelle et prégnante... la suite...


extrait du Gibet :

extrait du Cheval mort :

La lune peignait ses cheveux...


La Lune peignait ses cheveux avec un démêloir d'ébène(1993)

Oeuvre pour guitare acoustique.














Frédéric Kahn a en outre composé une œuvre de musique contemporaine pour guitare seule où il a cherché à épuiser les possibilités sonores de l’instrument sans le détourner cependant de sa fonction d’instrument acoustique: la Lune peignait ses cheveux avec un démêloir d’ébène , première strophe du poème le Fou, du troisième Livre des fantaisies de Gaspard de la nuit. Cette composition sur des motifs constitués par une grande variété de modes de jeux à l’expressivité inattendue utilise les capacités de résonance de l’instrument est avant tout une démarche sonore, antérieure à Ainsi s’acheva le rêve :

« (…) le guitariste est l’interprète d’une musique dont l’écriture s’appuie non seulement sur les structures fondamentales du son (dynamique, timbre, hauteur, durée, intensité, attaque…), mais aussi sur sa poétique, sa force expressive. L’esthétique privilégiée de cette pièce est celle d’une musique sonique, musique des morphologies, qui joue du matériau même du son et de son espace réel et virtuel, d’une musique sculptée : héritage de la démarche expérimentale de la musique concrète et électroacoustique, et transposition dans l’univers instrumental des techniques acousmatiques, de leurs gestes virtuels et de leurs effets inouïs. » (propos recueillis auprès de Frédéric Kahn)

L’extrait de partition ci-dessous, inédit, est très éloquent par rapport à la démarche du compositeur. L’œuvre de Frédéric Kahn montre à quel point les poèmes et l’univers du poète Aloysius Bertrand sont une source d’inspiration inépuisable, y compris dans le sens de la recherche de nouveaux langages.

"Ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte"

Ainsi s’acheva le rêve, ainsi je raconte…(1996)

Oeuvre de musique acousmatiquede Frédéric Kahn,avec la voix de Stéphane Castang



Frédéric Kahn est né à Dijon en 1966. Il a étudié la composition acousmatique au Conservatoire de Lyon avec Denis Dufour et Bernard Fort.



Cette musique a été primée au Concours de Projets Musicaux Scènes ouvertes en 1996 . Elle a été réalisée dans les studios du Groupe de Musiques Vivantes de Lyon et créée au Festival des 38e Rugissants de Grenoble. Elle se propose, par morcellement et dans l’idée formelle d’un parcours, en décalages et surimpression d’éléments sonores, de suggérer la même fiction que celle mise en jeu dans le poème d’Aloysius Bertrand.
L' œuvre dure 11 minutes. Onze minutes d’écoute sans support visuel qui puisse parasiter l’imaginaire de l’auditeur en lui désignant la source sonore de ce qu’il perçoit : cette œuvre se propose de recréer grâce au son l’atmosphère du poème «un Rêve» issu du Troisième Livre des fantaisies de Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand.
La musique ne se veut pas simplement « inspirée » du poème : elle suit son déroulement. On peut d’ailleurs reconnaître, énoncée par une voix modifiée, ralentie, pâteuse -la voix du rêveur ?- les énumérations du texte qui balisent l’écoute. Le poème est ainsi à la fois étiré, et concentré dans la matière sonore. Il semble s’agir d’un rêve de poème. Les éléments sonores d’un romantisme « noir » (bruits de geôles, voix, cris, nature) n’y sont jamais tout à fait saisissables en-dehors de la matière sonore qu’ils composent. Ils suivent le cours du récit flottant et déchiqueté qu’est celui du rêve. Les images du texte s’y greffent dans une surabondance de stimulations qui les évoquent mais ne les fixent jamais.
De ce point de vue, le poème est éprouvé en tant que déroulement d’évènements, une temporalité qui joue sur celle de la lecture et de ses approximations dans le cours de l’évènement que constitue le poème, approximations qui jouent la subjectivité de l’auditeur et que seule la mémoire parvient à reconstituer : mémoire flottante dans le réel de la perception, mémoire a posteriori que constitue la possibilité de recréer son rêve : puisqu’un rêve en tant que tel ne sera jamais que la recréation par la mémoire volontaire, d’illusions.
L'auditeur est plongé dans une atmosphère noire, subie, tout comme le rêveur dont il est imprégné de l'universonirique, tout comme le lecteur par l'intermédiaire de "flashes" visuels, lesquels composent le cours d’une énumération qui n’a d’ordonnée que sa syntaxe. De ce point de vue, l’œuvre de Frédéric Kahn montre combien "un Rêve" d’Aloysius Bertrand est un poème cinématographique, qui se prête à ce traitement acousmatique dont la visée est la visualisation mentale.
La définition de cette branche de la création électroacoustique par Denis Dufour et Thomas Brando montre d’ailleurs combien la métaphore visuelle est omniprésente dans sa visée esthétique de la musique acousmatique:
« L'art acousmatique est un art sonore. Les oeuvres qui en sont issues sont des oeuvres de support : elles ne se manifestent que par la lecture du support sur lequel elles sont enregistrées, fixées dans une forme définitive. A la fin des années quarante sur des disques souples, puis sur la bande magnétique des magnétophones et aujourd'hui sur la mémoire des ordinateurs.
« Ce support est au musicien acousmatique ce que la pierre est au sculpteur, la toile au peintre, l'épreuve au photographe, la pellicule au cinéaste. Comme le sculpteur son matériau, il taille dans la matière des sons, il construit, il détourne, souvent. Comme le peintre ses couleurs, il juxtapose, il mélange, il transforme, il compose. Comme le photographe, il saisit, il cadre, il éclaire, il surimprime. Comme le cinéaste enfin, il régit le temps, il crée le mouvement, il monte, il oppose, jouant de la répétition et de l'attente, de la continuité et de la rupture, de la fluidité et du heurt. Comment ? A partir d'un matériau initial : le son, au sens le plus large du terme. A partir de prises de son. Acoustiques, elles peuvent être faites à partir de jeux sur divers instruments choisis pour leur aptitude à "sonner" (des corps sonores), d'univers habités d'événements caractéristiques, de parcours, de gestes ou de séquences jouées à dessein, voire de sons "figuratifs" ou de jeux sur des instruments traditionnels ou "exotiques". Synthétiques, elles peuvent être constituées de sons ou de séquences électroniques jouées au synthétiseur, ou numériques, issues d'une programmation logicielle ou de transformations immédiates d'événements sonores...
« Et que fait le compositeur de ces prises de son accumulées ? Il les classe, et opère sur elles des choix, une répartition, des coupures, puis de multiples transformations dans un studio équipé de nombreux appareils issus de l'évolution technologique de ces dernières décennies. Montage, inversion, mise en boucle, transposition, échantillonnage, compression, gel, réverbération, écho, délai, filtrage, mixage, accumulation, sont autant d'opérations fondamentales dont le principe s'est imposé depuis cinquante ans, à travers une déjà longue pratique et une histoire. Celles-ci permettent désormais aux chimères les plus sophistiquées, aux rêves les plus improbables de prendre forme, à condition que le compositeur ait une idée préalable de l'univers qu'il souhaite créer et faire entendre(…) ».

Il est possible de contacter directement Frédéric Kahn pour vous procurer le CD de "Ainsi s'acheva le rêve...". N'hésitez à découvrir également son site.