Bertrand, lecteur de La Bruyère

     Jacques Bony note, dans sa présentation de Gaspard de la Nuit, que le Marchand de tulipes, le Raffiné, le Donneur de sérénades ou le Bibliophile doivent autant à Hoffmann ou Callot qu’à La Bruyère. Si important qu’ait pu être l’intérêt littéraire pour la tulipe au XIXe siècle –Dumas, Balzac, Baudelaire en témoignent –, c’est pourtant en effet immédiatement au Fleuriste du moraliste classique que nous pensons en lisant « Le Marchand de tulipes » . Nous pourrions croire que la fascination contemporaine pour les Caractères produit cet effet de réception abusivement, au détriment des influences graphiques et littéraires explicitement revendiquées par le poète, si un faisceau d’indices ne tendait à confirmer que Bertrand pensait réellement au caractère de La Bruyère lorsqu’il composa le premier livre de Gaspard de la Nuit et que « Le Marchand de tulipes », plus qu’une vague réminiscence ou l’un des nombreux miroitements littéraires créés par les dédicaces et les épigraphes, a probablement été conçu comme une réponse au texte du moraliste catholique.
par Nathalie Ravonneaux

Réception d'Aloysius Bertrand



Cette rubrique est consacrée à différents regards portés sur l'oeuvre et son poète.
Témoignages ou réflexions sur la réception d'un temps: Aloysius Bertrand au miroir... par Lucien Chovet.


La première vogue d'Aloysius Bertrand et du poème en prose dans l'Artiste
(par Lucien Chovet).

Charles Asselineau


Théodore de Banville


Léon Cladel


Arsène Houssaye

Trois poèmes pour piano de Maurice Ravel


La littérature musicale à propos des deux Gaspard est suffisamment morcelée pour que tenter d’en réunir la substance, d’en citer des sources (certes pas toutes) s’avère approprié à la fin de cette année qui a célébré les deux artistes, de la manière située au plus près de cette marge d’indécision de l’œuvre : c'est-à-dire entre littérature et musique, soit de l'une, à l'autre. C’est pourquoi les mélomanes pourront facilement, s’ils désirent en prendre le temps, s’approprier autrement les « trois poèmes pour piano » de Maurice Ravel car si la musique requiert des signes, un langage, ces signes peuvent être abordés de manière phénoménologique : les termes de ce langage qui peuvent effrayer le non musicien ne le devraient pas, car ils sont inspirés du domaine de la perception, comme les mots le sont du contexte de l'expression, et peuvent être proposés comme tels. C’est en effet la culture de performance dans laquelle elle s'inscrit, qui souvent prête à penser que la musique est un monde à part du monde et ne peut être abordée que de manière intellectuelle, quand elle appartient au domaine du sensible...

Trois poèmes pour piano de M. Ravel (PDF)

Marion Pécher, Novembre 2007