Exposition à la bibliothèque municipale d'Angers



A l'initiative de Jacques Bony la Bibliothèque municipale d'Angers organise, sous la direction de Monsieur Gautier son conservateur, une exposition autour de la première édition de 1842 de Gaspard de la Nuit par David d'Angers et Victor Pavie.

Cette exposition intitulée "Gaspard de la Nuit, un coup de coeur littéraire de David d'Angers" se tiendra du mardi 11 septembre au samedi 20 octobre 2007 à la Bibliothèque municipale, et se clôturera sur des lectures et une interprétation de Maurice Ravel au piano.

Les dix-sept dessins originaux d'Aloysius Bertrand y seront présentés, restaurés pour l'occasion. S'y trouveront également des lettres de David d'Angers, Sainte-Beuve, Victor Pavie, Louis Boulanger et Emile Deschamps relatives à la première édition, récemment entrées dans les collections de la Bibliothèque municipale d'Angers par donation de la famille Pavie. Les différentes éditions de Gaspard de la Nuit depuis 165 ans seront également exposées, avec une attention particulière à leur illustration.

Horaires d'ouverture:
mardi & mercredi: de 9h30 à 18h30
jeudi & vendredi: de 12h30 à 18h30
samedi: de 9h30 à 17h30
Visites guidées tous les samedis à 14h30 et le dimanche 16 Septembre à 14h,15h,16h,17h.
Accès libre/Accès facile pour les personnes handicapées

Bibliothèque municipale d'Angers, 49 rue Toussaint 49100 Angers.
02.41.24.25.50

Aloysius Bertrand, un romantisme dijonnais



Colloque international, Dijon, 7-8 décembre 2007

Université de Bourgogne, université de Paris XII, Académie des Sciences, arts et Belles-Lettres de Dijon, UMR 5605 Centre Georges Chevrier, Centre Gaston Bachelard


Problématique du colloque, objectifs scientifiques et valorisation:


Ce colloque est organisé conjointement par deux centres de recherches universitaires et une société savante à l'occasion du deuxième centenaire de la naissance d'Aloysius Bertrand, écrivain romantique indissolublement lié à Dijon et fondateur, dans Gaspard de la Nuit, du poème en prose de langue française.

Ce colloque s'inscrit dans le cadre des manifestations patronnées par la Délégation aux Commémorations nationales.

Il n'est certainement pas le seul en France sur le sujet, mais il est peut-être le seul à continuer une action et une tradition patrimoniales.

En effet A. Bertrand, s'il n'est pas né à Dijon, s'y est fixé dès son enfance, à l'occasion de l'établissement de son père, officier dans l'armée napoléonienne.

A. Bertrand a fait ses études à Dijon, a contribué à fonder plusieurs cercles intellectuels locaux (par exemple la "Société des Etudes", où il collabore avec Lacordaire) ; il y a dirigé des journaux (par exemple le "Patriote de la Côte d'Or"), il y a conçu des mélodrames destinés au théâtre local.

Bertrand a surtout fondé un mythe littéraire de Dijon, qu'on trouve dans Gaspard de la Nuit, recueil emblématique du poème en prose, abondamment inspiré des peintres et graveurs (Van Laert, Rembrandt, Callot) et du Romantisme allemand (Hoffmann) ; puis le volume est devenu célèbre grâce à la mise en musique de Ravel, qui porte le même titre et chante tout particulièrement deux personnages fantastiques : Ondine et Scarbo. Justement ces deux figures incarnent l'élément liquide (pour Ondine), l'élément fulgurant (pour Scarbo), c'est-à-dire deux catégories qui ont retenu l'attention, comme on sait, de Gaston Bachelard, philosophe bourguignon, et aussi, sans conteste, de son disciple : Gilbert Durand, au titre des structures fondamentales de l'Imaginaire.

C'est dire que Bertrand peut et doit entrer dans les préoccupations du Centre Bachelard de l'Université de Bourgogne. Mais Bertrand concerne tout autant le Centre d'Étude des Poétiques de l'Université Paris 12-Val de Marne.

En 1991 l'Université de Bourgogne avait déjà célébré, avec ses seules et simples forces, A. Bertrand, en un volume intitulé Les Diableries de la Nuit (Editions Universitaires Dijonnaises). On y trouvait bien des noms et des maîtres d'œuvre qui veulent à présent enrichir la formule, à commencer par les directeurs du Centre Bachelard de l'époque (Maryvonne Perrot et Jean Jacques Wunenburger) et par Francis Claudon (responsable actuel du Centre d'Étude des Poétiques de Paris 12-Val de Marne).

L'objectif est triple: - proposer une lecture systématique, bachelardienne et durandienne, de l'ensemble de l'œuvre de Bertrand ; - à cet effet considérer bien sûr Gaspard de la Nuit, mais aussi le théâtre de Bertrand, ses pièces de vers (qui sont justement de belles illustrations d'un romantisme dijonnais intime et délicat), les pièces en prose, non publiées dans le fameux recueil, si vantés par Sainte-Beuve ou par Victor Hugo ; - atteindre cet objectif avec des moyens et des chercheurs qui tous ont, on eu, continuent d'avoir, un lien avec les institutions intellectuelles, culturelles et savantes dijonnaises, parmi lesquelles il y a évidemment l'Académie.


Comité scientifique Maryvonne Perrot, Université de Bourgogne - Francis Claudon, Université Paris 12-Val de Marne - Jean Ferrari, Académie de Dijon - Michel Erman, Université de Bourgogne - Pierre Guenancia, Université de Bourgogne.

Pierre Maubé




Louis Bertrand meurt. Il a trente-quatre ans depuis quelques jours. Il est dans un des lits de la salle commune de l’hôpital Necker. La tuberculose a eu raison de lui, il crache du sang, il s’étouffe, il meurt.

29 avril 1841.

Un jour quelconque. Certains vivent, d’autres meurent. On ne sait pas soigner la tuberculose à cette époque, on ne sait pas soigner grand-chose, on donne de l’opium aux malades, certains guérissent, d’autres pas.

Louis Bertrand a tout raté. Il se le répète depuis longtemps, c’est peut-être pour ça qu’il ne lutte plus contre son mal, à quoi bon, pour qui, pour quoi ?

Son manuscrit a été refusé par tous les éditeurs de Paris, par toutes les revues de France. Hugo, Nodier, Sainte-Beuve lui ont écrit quelques lettres gentilles, lui ont dit quelques mots distraits.

Il ne sait pas que son livre sera publié l’année prochaine. Il ne sait pas qu’il a donné naissance à un genre. Il ne sait pas que Baudelaire, Mallarmé, Reverdy, Max Jacob, Breton le salueront comme leur maître, leur inspirateur. Il ne sait pas que ce pseudonyme vaguement médiéval, griffonné au dos de l’un de ses poèmes, symbolise à jamais un état de la langue française, un moment éphémère, éternel, une forme, un équilibre que l’on disait jusqu’alors impossible entre le poème et la prose.

Aloysius Bertrand meurt vaincu, triomphant, ignorant tout de lui, de sa vie, de sa mort. Pareil en cela à n’importe lequel d’entre nous.




Pierre Maubé

Emilie Notard



La pendue
À Aloysius Bertrand



J’étais montée en haut de l’arbre et y avais attendu que le ciel se drape de noir.

Puis je jetai ma vie dans le vide, pendue à une étoile. Et mon corps se balançait aux grincements de la corde.

Mais la faux argentée de la lune coupa ce cordon ombilical qui me reliait à celle qui nourrissait mon art.

Alors je tombai dans un étang d’encre, un étrange collier au cou. Et mon cadavre s’emmêlait dans un goémon de phrases.

À la surface, l’arbre mort de n’avoir pu se mirer en ces eaux gluantes s’était penché pour recueillir la noyée qui avait voulu se pendre.

Au réveil, j’hurlai en silence des mots invisibles.



Emilie Notard
Leipzig, le 15.02.2004